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19/09/2015

Arles, feria du Riz, 13 septembre 2015-Robleno, Aguilar, Medhi Savalli/Cebada Gago

Un petit quart d’arène sous un ciel triste pour ce cartel en demi-teinte. La fête en Arles, c’est la samedi, pas le dimanche ! On songe à la fable du « Rat des villes et du Rat des champs ». En aficion aussi, il y a des corridas des villes et des corridas des champs. Ce cartel eût été parfait dans un ruedo plus petit, devant un public en rangs serrés, plus attentif et motivé. Mais dans les arènes d’Arles, ce dimanche, après le no hay billettes de la veille, tout flottait un peu comme dans un vêtement trop grand.

C’est bien dommage, car la corrida n’a pas été sans intérêt. Toros bien présentés, de 530 kgs en moyenne, mansos, trois encastés (2, 4 et 5), le 3 noble mais faible, le 5 avec un fond de noblesse.

Il y eut d’abord, ce toro sorti en quatrième position, un cardeno tacheté, au port altier, superbe, plein de défi, dont la présence irradie aussitôt en piste. Rien n’est plus saisissant que ces surgissements soudains d’un toro dans le ruedo qui suscitent l’admiration et l’attente nerveuse de ce qui va advenir. C’est devenu chose rare…Les mauvaises mises en suerte à la pique et les maladresses du piquero nous priveront hélas du beau tercio que laissait espérer la puissance de l’animal et que sa mansedubre  requerrait. Ce toro dominera les deux premiers tiers, jetant la panique dans la cuadrilla de Robleno, complètement dépassée.  Mais de muleta, le torero fera face avec technique, insistance et grande abnégation, parvenant à réduire son adversaire, certes sans chichis ni chiqué, mais « Grenudo » ne se prêtait guère aux fariboles. Robleno avait été regular sur son premier dont il est parvenu à allonger la charge à droite dans deux séries supérieures et sans suite notable, sauf l’épée de beau geste, légèrement contraire.

Il y eu aussi l’aguante d’Aguilar face au mauvais sort. Aguanter le sort est plus difficile encore qu’aguanter un toro. Et en tout cas, plus émouvant. Alberto fut en grand échec face à son premier, le plus encasté du jour, un teigneux, pas clair du tout, qui regarde l’homme et derrote à chaque passe.  Aguilar tente de faire face mais recule et sans cruauté aucune à l’égard du petit maestro, le combat de ce toro, sa fureur, sa volonté de se défendre et de vaincre, son vice, sa sauvagerie – sa caste- étaient belles à voir. Et le désastre à l’épée fut grandiose, épique, un désastre homérique, de héros qui ne renonce jamais et revient avec abnégation, l’épée en main, pour une septième, une huitième, une neuvième tentative. Vous et moi, on aurait renoncé, on serait parti se cacher en courant, on aurait pleuré, les bras autour de la terre penchée sur la talanquera. Pas un torero ! Pas celui-là en tout cas qui sera souverain sur le suivant, dès la réception à la cape, puis aux mises en suerte aux piques, dans le sitio enfin, les zapatillas bien en terre pour faire face aux assauts durant la faena, une faena volontaire, virile, un brin nerveuse mais il y avait de quoi, débordante de toreria et conclue par une épée fulminante qui a terrassé le mauvais sort du toro précédent ( une oreille).

Et puis il y avait Mehdi. Qui a confirmé, après Béziers, son envie intacte et sa maturité nouvelle. Brillant à la cape, spectaculaire et facile aux banderilles, il tente tout à la muleta avec intelligence et patience face à son premier adversaire, noble mais qui s’éteint très vite et face au sixième, complètement décasté, qui se fige immobile en secouant la tête, interdisant tout trasteo.

Il y eut d’abord des chicuelinas précieuses au quite sur le deuxième, le toro qui mit en échec Aguilar, et une demie au ralenti, comme celles des plus grands.

Cette manière de charger la jambe contraire de toute sa puissance au passage du toro qu’il accompagne de tout le corps aux véroniques, sur ses deux toros et plus encore sur le dernier, et cargar la suerte comme le fait Mehdi au capote est devenu rare, Morante, Juli, les Sud-Américains, je n’en vois pas beaucoup d’autres.

Des doblones d’entame très toréés, la jambe fléchie, l’autre déployée au sol, puissante comme un palan, le buste droit.

Un bouquet de naturelles longues et templées  que la faiblesse de son adversaire ne permettait pas, hélas, de lier.

Et des fantaisies et une variété dans les recortes et les adornos qu’on ne lui connaissait pas.

Oui Mehdi a changé et chacun s’en aperçoit. Ma voisine, certes pas une savalliste militante, soupirait lors des trasteos de ses compagnons de cartel, un peu affligée par le piètre lot de Mehdi : « Quel dommage que Mehdi ne soit pas tombé sur ce toro ! ». Et nous étions des centaines à penser la même chose…..

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