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17/05/2016

Feria de Nîmes-Pentecôte 2016. Derniers temps avant divorce

« La différence c’est ce silence/ Parfois au fond de moi » « Lettre à France », Michel Polnareff

Faut qu’on discute.

Il y a quelque temps que je voulais te le dire, mais je n’osais pas, je croyais encore que tout pouvait s’arranger. On est souvent lâche à l’heure d’un dénouement qu’on redoute. Alors on trouve toujours mille prétextes pour entretenir la braise des passions éteintes. On souffle encore sur l’âtre froid et sans âme, on sait que c’est foutu, mais tant qu’on souffle, on ne s’en éloigne pas, alors.. on fait semblant de croire à un nouvel embrasement….

Mais, là, après ce week-end de quatre jours, c’est trop. Ce n’est plus possible.

Oh, je sais bien que le temps qui passe est une épreuve. Nous avons bien changé toi et moi. C’est comme ça dans tous les couples. Le coup de foudre n’a qu’un temps, et l’ardeur qu’on met à s’aimer, et les surprises qui excitent. La relation change et l’heure n’est plus à l’inattendu ; ce qui nous épatait nous paraît normal, l’enthousiasme s’émousse, on devient difficile, sans doute un peu « vieux con ». Ca, c’est moi !

Mais toi aussi tu as beaucoup changé. Tu étais bravache, tu es rentrée dans le rang. Tu étais spontanée, tu es désormais répétitive. Inventive, tu es devenue prévisible. Extra tout (...vagante, …ordinaire, …vertie), tu n’as plus rien aujourd’hui d’hors du commun, pardonne-moi de te le dire.

Tu recherchais l’héroïsme, tu te satisfais de la notoriété. Tu flattais la bravoure, tu choisis aujourd’hui tes adversaires. Des adversaires à ta mesure, modeste, anémiée, et déclinante : les anti-taurins et autres animalistes qui font de toi un objet de débat qui t’occupe et te donne encore l’illusion d’exister, alors que moi j’avais épousé une passion qui n’est plus. La passion débordait. Le débat t’enferme.

Tu étais un surgissement inouï, fragile et singulier, hors du temps, l’inspiration de toutes formes de créations artistiques, parce que l’homme s’y confrontait à l’adversité brute, ensauvagée, s’y aiguisait, s’y grandissait. Tu étais L’Iliade et l’Odyssée. Désormais encartée, tu n’es plus que la militante d’une cause sans ressort, et qui donne des armes à ses adversaires. Un mauvais tract, toi pourtant si passionnée de communication et de marketing….

Et que les trophées que tu récoltes encore à l’occasion ici ou là ne te grisent pas. Ils furent notre fierté, notre titre de gloire, la marque de notre passion, comme une trace de rouge à lèvres sur la joue qu’on se gardait bien d’effacer en paradant dans la rue. Le plus souvent désormais, ils nous accablent. Ils donnaient jadis la mesure de tes triomphes dans et hors le mundillo ; ils ne sont plus que prétexte à des querelles de famille, ignorées du plus grand nombre, tant le monde que tu te plais à désaimanter te tourne le dos. Et nous, tes trophées, aujourd’hui on les tait, et, avant de sortir, on les efface d’un revers de manche pour éviter le ridicule.

Tu nous donnes rendez-vous ailleurs ? Naguère on se précipitait, maintenant on ergote.

Tu nous dit que ça irait mieux si on voyageait un peu ? On ne fait que ça et c’est partout pareil, ou presque.

Tu nous dit que c’est faute à pas de chance, que tes talons glissent sur un ruedo aux allures d’Espiguette ou que les pluies de cet hiver ont alangui tes chevilles. Peut-être, je n’en sais rien mais le pire est que je m’en fous complètement tant je pressens que même en Louboutin sur un tablao flamenco, tu te serais « mangée grave » comme disent les jeunes, tant tu as renoncé depuis si longtemps à entretenir le feu, tant tu as trahi ce que nous aimions ensemble, ce que nous étions ensemble.

Ici, à Nîmes, on t’as vu trébucher, glisser, fléchir, tomber à genoux, t’affaler sous nos yeux, te coucher sur le flanc, vaincue sans avoir combattu. Tu étais pitoyable.

Tu aimes les brindis, la musique, et les récompenses, je le sais. J’étais si triste et amer, nous étions si affligés, que nous sommes parvenus, le dimanche, par respect pour toi et pour ne pas perdre toute dignité, à dissuader un torero de nous offrir son combat (Lopez Simon au cinquième) et le jour suivant la musique d’accompagner une faena sur un invalide (Roca Rey sur le sixième). A cette allure, par respect pour ce que nous avons été, on en viendra un jour prochain à barricader les portes des arènes. Nous avons eu le tort d’applaudir des toreros qui font ce que tu es devenue mais c’était pour mieux hurler notre colère. Pour qu’elle fasse davantage contraste. Pour la purifier, la mettre en valeur. Quelle embrase le ciel puisque le ciel est tout ce qui nous reste. Et qu’une arène si insouciante, bienveillante, affectueuse, si portée à la joie et à la fête, joue aux bazardeurs de «  Nuit Debout » en dit long sur le cours de notre couple.

Voilà. Tu sais tout. Je comprendrais que tu te fâches chère Aficion.

Je ne te demande rien, ni de rester ni de me quitter. Mais je crains que tu ne te sois beaucoup éloignée de moi depuis quelques années.

Je t’ai aimée passionnément, tu le sais. Tu m’as fait pleurer de rage et d’émotion. Tu m’as fait frémir, tu m’as exalté, fait passer des nuits de folie après des après-midi de rêve ou de frayeur. Tu m’as fait lire, voyager, écouter de la musique, visiter des musées. Tu m’as présenté des amis ou des camarades, rencontrer des semblables si différents. Visiter des villes. Tu as trompé ma solitude, accompagné mes jours, habité mes nuits. Tu m’as fait écrire quelquefois aussi. Et ça aussi j’aimais bien.

Mais je crois que c’est fini. Ou presque. Si tu ne changes pas. Ou n’en donnes pas quelques gages. C’est toi qui décide. Moi, j'y suis prêt.

NB/ Dimanche matin, 15 mai- Zalduendo sans trapio mais avec un peu de cornes. Gines Marin prenant l’alternative brinde à son père, piquero de son état. N’a toréé que son premier, le sixième étant un invalide. Grand sérieux, toreo classique, jolis enchaînements sans bouger, dans le sitio (oreille). Morante ne s’accorde pas à un lot à contre style. David Mora impeccable de bout en bout, sur son premier, en tout cas la première moitié de faena sur la droite, le toro passant moins bien à gauche et les aidées finales étant très raides alors que cette passe n’est belle que de l’accompagnement du corps   (oreille). Second combat offert à la doyenne des arènes, plus de cent ans au compteur et en fauteuil . Très technique, sérieux, moyennement efficace mais très au-dessus de son toro.

Dimanche après-midi, 15 mai- JP Domecq sans intérêt, très fades. Varea qui prend l’alternative anodin aucun souvenir à J+2. Manzanares quelques pechos de la casa sur son premier et une épée al recibir à couper le souffle (oreille), rien sur son second, invalide. Lopez Simon se confirme pegapasse. Porfia pueblerina sur son premier, contrarié par le public qui proteste son brindis du second, offre un toro de réserve, faena spectaculaire, très « tout le toutim », sans souvenir à J + 2,belle épée (2 oreilles). A l’intelligence de sortir à pied et non pas en triomphe.

Lundi après-midi, 16 mai- Daniel Ruiz et Torrealta ou la coupe jusqu’à la lie. Fléchissements, affalements, et autres génuflexions. Incidents à répétition de pattes de bestiaux et de public excédé. Castella fait face, long à comprendre son second, fort médiocre mais qui tombe moins. Faut quand même le réveiller d’un tapotement sur l’arrière train comme on toque à la porte pour qu’il se retourne dans le bon sens (oreille sur le 4). Perrera, parfait qui en veut, au point de toréer une chèvre folle et le trasteo technique est fort impressionnant. Tombe sur le plus noble du jour, un toro à roulettes mais sans vraie présence qui avait poussé un peu sous la pique. Faena impressionnante surtout à gauche quand on en oublie l’anodin de l’animal, un champagne à petites bulles que l’on boit comme du sirop jusqu’à écoeurement (2 oreilles). Roca Rey, très disposé, mais sans option conséquente sur son lot d’invalides.

 

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