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25/08/2016

Bilbao, 25 août 2016 - Curro Diaz, Paco Urena/ Victorino Martin

« Runrun » des grandes courses. Ce n’est certes pas le nombre (l’arène est pleine aux 2/3), c’est la motivation ! Grand Soleil et chaleur montoise. Ambiance au paseo, les deux compagnons de cartel s’embrassant avant de défiler, ce qui est peu commun et aurait dû nous alarmer…. Hommage à Escribano pour cette course que sa longue convalescence ne lui permet pas de combattre, qui est dans le burladero et auquel Curro Diaz brinde son premier toro et Paco Urena le suivant en invitant son compagnon de cartel comme témoin. Tout cela faisait un peu alternative… D’assez mauvais présage aussi.

Une corrida c’est souvent plus une arène qu’un cartel. Et c’est le plus souvent l’arène qui donne le ton.

Et le ton était à la franche déception, par tranches de 2 toros.

Aux deux premiers, d’une grande noblesse, le public qui voulait de la bagarre, du vice et de la fourberie animale en fut quitte de ses espérances viriles. Il a eu de beaux gestes, et mêmes des très beaux (une faena de naturelles de Curro Diaz sur le premier, la muleta tenue à bout de doigts, comme suspendue, dessinant la passe sans forcer, esthétisante à souhait ; un Urena vertical, au toreo relâché, très près du corps, la main basse), les deux appelés à saluer, mais le public regrettait manifestement que leurs adversaires, qui marquaient quelque signe de faiblesse et étaient dépourvus de toute âpreté, ne les aient pas contraint davantage au combat, le vrai.

Aux deux suivants, pas des foudres de guerre, mais moins commodes (le quatrième, un très beau gris qui pousse à la pique), l’arène a manifestement goûté que ses préjugés fussent à ce point fondés. Les toreros font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire peu, plutôt fuera de cacho, tout au dessin de la passe sans lidia, ni recours, ni dominio. Echec, pinchazos, descabellos, sifflets épars.

Mais c’est sur les deux derniers que Vista Alegre donnera sa pleine mesure.

Curro Diaz tombe sur un grand toro, pas brave à la pique, mais noble et encasté, d’une très grande présence, qui répond au moindre cite avec puissance et qui fait l’avion dans la muleta. On croit, après le désastre de la lidia aux deux premiers tiers, que le torero aura à cœur de ne pas laisser filer sa course, la première dans le coso bilbaino- il a défilé tête nue. Je dois être le seul à le croire et à m’en réjouir dès les trois premières séries vibrantes. Mais Vista Alegre, elle, voit que c’est le toro qui fait la faena et pas le torero. Sans illusion, et Curro Diaz pas bien longtemps non plus, ne sachant trop que faire de cet adversaire qui est, ce jour, bien au-delà de sa mesure. Les sifflets qui l’accompagnent lorsqu’il va chercher l’épée de mort sont la pire des sanctions. L’autre viendra quelques secondes plus tard quand l’arène entière applaudira la dépouille de ce grand toro sans maître.

Reste le dernier d’Urena, le plus Victorino de tous, puissant, joueur, vicieux. Et je n’ai pas à vous faire un dessin : ce sera une autre forme d’échec. Sans doute moins pire mais bien affligeante aussi.

Et quand les deux maestros sont sortis sous les sifflets plus que sous les applaudissements, entre les tonitruants «  Fuera Fuera » qui fusaient et les «  Toreros para los turistas » que je prenais nécessairement pour moi compte tenu de mon état de béatitude aux deux premiers…., je ne m’étonnais plus guère d’avoir lu dans la brochure d’un club taurin local qu’on se demandait qui avait pu concevoir un tel cartel, de quelle imagination malade il était le fruit.

C’est qu’à Bilbao on aime les combinaisons qui marchent, les associations qui ont du sens. On ne met pas une ballerine devant un fauve. Et ici, on ne croit pas trop aux miracles….

 

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