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19/05/2018

Nîmes, Feria de Pentecôte 2018

Vendredi 18 mai- Partido de la Resina/ Rafaelillo, Thomas Dufau, Juan Leal

Présence et beauté du toro. Voilà qui nous change ! Six nuances de gris, du trapio, des cornes (le 1 et le 6 cornivueltos). On se croirait à Madrid et cela change tout. Des toros exigeants ( sauf le 5 sans intérêt), généralement fuyards et mansos ( sauf le 6ème), certains con genio, dont deux poussent fort aux piques (le 1 et le 6, les deux plus beaux).

Pas des toros à roulettes, des toros qu’il faut apprivoiser et dominer à la fois, qui regardent l’homme et qui balancent la tête, qui rechignent à humilier comme l’on dit. Tout sauf le prêt à toréer dont on nous abreuve depuis des années. En piste, prohibition du toreo de salon. Six équations à résoudre. Un régal pour l’aficionado, attentif comme les hommes en piste : « a cada toro su lidia ». Por fin !

Les ex Pablo Romero ont tenu leur rang sur cette côte qu’ils remontent. Pas des foudres de guerre, une nette absence de bravoure ce jour, un manque de moteur sur la durée, mais une présence qui en impose et qu’il faut maîtriser.

Rafaelillo n’a pas démérité sur le premier, un os qui relève la tête au premier tiers de passe et qui l’avise sérieusement à droite. Faena à l’ancienne, pleine de métier, qui rappelle l’Espla des jours sans inspiration, conclue par une épée merveilleuse mais non concluante suivie d’une pénible pluie de descabellos. Cape puissante et dominatrice sur le quatrième, avant un désastre de lidia tant aux piques qu’aux banderilles. Le toro ne passe pas du tout à droite, ce qui contraint le torero à une faena gauchère, faite de jets reptiliens de naturelles qui font passer le toro loin de l’homme, sans souci de dominio. Pinchazo. Entière. Silence.

Thomas Dufau a accueilli son adversaire par cinq largas cambiadas de rodillas, où le toro serre de plus en plus. Thomas en veut et c’est beau à voir. Très belle entame en citant depuis le centre, puis en embarquant le toro en se croisant beaucoup sur les deux premières séries. Torero sérieux, appliqué, une tête bien faite, un brin de nervosité en cours de faena, le métier manque, mais il se reprend par une jolie composition de molinetes suivis de naturelles par deux fois recommencée avant de conclure par malonetinas. Pinchazo, épée efficace. Vuelta méritée pour un trasteo sans doute inachevé. Mais l’impression est bonne. Le cinquième était le plus médiocre, un manso décasté qui n’en faisait qu’à sa tête, sans grand intérêt. Le torero a gardé la tête froide et n’a pas perdu les papiers. C’est déjà beaucoup.

Juan Leal m’a épaté. Planta torera (verticalité, le bras contraire vite levé au ciel pour citer son toro, un rien de Dominguin dans l’allure), envie manifeste d’être là, souci de variété aux quites (gaoneras exposees mais pas jolies d’exécution tant il sacrifie à la position sur le 2ème de Dufau, zapopinas compliquées sur le 3ème), de très beaux gestes à la muleta. Entame de faena par spectaculaires passes du cambio en citant de très loin, puis deux très grosses séries de la droite, la main basse, très templées avant de réduire les terrains et d’asphyxier un peu son adversaire, non sans aguante, jetant les armes à terre et jouant à cuerpo limpio entre les cornes. Un très vilain bajonazo mais porté avec cœur, le torero littéralement allongé sur le toro, le prive de trophée. L’oreille sera sur le suivant, le meilleur du jour : pas fuyard pour un sou, qui s’intéresse à tout, vient avec puissance aux piques, renverse la cavalerie, y revient mais alors sans pousser, que Juan Leal a su entreprendre et entretenir sous de grosses gouttes de pluie qui m’ont fait fuir avant la fin. Une oreille.

Je sors de cette corrida content : Place aux toros qui ne sont pas nés pour servir ! Et place aux jeunes qui ont envie de gagner la leur en espérant faire leur affaire de ce qui sort en piste.

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