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22/05/2018

Feria de Pentecôte Nîmes 2018

Lundi 21 mai- Thomas Joubert, Roman, Alvaro Lorenzo/ Jandilla

Affiche pour les élus. Ceux qui savent voir et qui espèrent encore. Pour moi, une perfusion d’aficion.

Un cartel de jeunes, de la nouveauté, des personnalités.

Un lot de toros un brin faible, mais correctement présenté, à des lieux des affligeantes corridas de samedi et dimanche, sauf le 3ème anovillado et invalide que mon ami et voisin de rang est quasiment le seul à protester mais cela suffira à l’avisé président du palco, el senor Burgoa, qui sort sans tarder le mouchoir vert, avec un puissant 5ème, deux bons 2ème et 3ème bis, et un 6ème manso quasiment perdido qu’il faut résoudre. Tous avec de la présence et, sauf sans doute le 4ème épuisé par le tercio de piques, du moral et du moteur.

Et l’inouïe manière d’être de Thomas Joubert en piste, torero sans contrat ou presque, qui est entré dans le cartel pour cause de blessure de Paco Urena et qui a irradié toute l’après-midi de sa présence.

Tout chez ce torero irradie de toreria. Son allure (visage profilé, verticalité altière, économie de gestes, lenteur des mouvements), le soin apporté à toute chose (le sitio, l’attitude, le geste, la passe), l’intériorité surtout car il n’y a chez ce torero aucune artificialité, aucune mise en scène de soi, aucun souci de pasticher Manolete auquel on songe évidemment. Son toreo est dense, inspiré, sacral. Profondément philosophique. Version orientale : taoïste. Ou Antique : le stoïcisme. Nul chiqué dans cette manière d’être. La conviction que le toreo n’est ni toro ni torero. Le toreo est un tout. La « plénitude du vide » disent les Chinois. L’  « essence » des choses, disons-nous plutôt de ce côté du monde. Une recherche absolue de pureté. Et tant pis si les chemins sont escarpés.

Et que l’on ne me parle pas des incidents qui émaillent quelque fois ses faenas, enganchones ou décrochés de muleta ! Les premiers sont ceux d’un José Tomas, le prix à payer à l’exigence de tenir la position, sans concession ; les seconds ceux d’un torero sans contrat qui manque d’expérience. Mais ces incidents comme le reste le laissent de marbre. Thomas Joubert n’est pas torero à prendre le public à témoin de telles vicissitudes ou maladresses.

Comme du reste, il n’a qu’un souci: trouver le chemin. Qu'une manière : l'intrépidité placide. Qu'une nature : la tête brûlée cérébrale. Ce torero est un volcan qui peut rallumer les feux éteints de notre passion commune, aujourd’hui désacralisée, outrageusement stéréotypée, terriblement communicante, qui se satisfait de vivoter dans des arènes à demi-vides, sous les sarcasmes des anti, sans songer-même à une renaissance possible, tant elle a commencé à plier bagages en ne privilégiant que des ganaderias d'un même sang, des vétérans qui cadenassent les cartels, et des petits jeunes qui leur ressemblent, en moins bien ( Roca qui vous savez au premier chef, pur produit marketing du mundillo).

Thomas Joubert pourrait bien être la comète tant attendue qui viendrait fracasser la planète des toros : comme l’ont été Paco Ojeda dans les années 80 ou José Tomas dans les années 2000. C’est un torero qui a tout- TOUT- pour remplir des arènes à nouveau. L’anti-modernisme au premier chef. Sincérité, authenticité, profondeur. Si on lui donne un peu sa chance.

Sur son premier, après un quite de très grande allure, une entame de faena par passes de banderas se terminant par aidées par le haut de toute beauté conclues d’un pecho souverain, suivie d’une série droitière, lui vertical, très relâché, la main basse, un temple inouï. En deux séries, deux : plus que ce que toute la féria nous avait donné ! Faena entretenue, toute de densité avec quelques maladresses anodines au regard de ce qui nous a été offert. Pinchazo, entière. Oreille.

Accueille son second du centre de la piste, dos au toril, dans une entame d’une expressivité folle. A la muleta, il s’agenouille comme on fait pénitence pour servir des derechazos et une arruzina toujours à genoux, à faire flancher les cœurs les plus aguerris. Une série de trois naturelles, puis ça baisse un peu d’intensité, avant un bouquet de naturelles de face, égrenées face à un toro qui hélas s’éteint, le tout dans une lenteur un peu cotonneuse, rendant la scène irréelle. Ce toro avait été mis en valeur aux piques lors de la seconde rencontre, cité de très loin et venant avec codicia. C’était beau mais plus qu’il n’en pouvait supporter. TJ (tiens c’est drôle ce JT à l’envers...) le paiera en deuxième moitié de faena (Saludos).

En dépit d’une incontestable bonne volonté, Roman m’a paru pégapasses sur son premier, toréé à la voix, avant une conclusion dans un terrain réduit puis des bernardinas inutilement exposées. Mete y saca, entière parfaite, descabello (saludos). A cité de loin le 5ème, de beaucoup de gaz, en lui donnant toujours la distance, mais s’est monté très en dessous de ce toro qui était le meilleur du jour.

Alvaro Lorenzo m’a également laissé sur ma faim devant son 3ème bis, toro vif et à réduire. Il n’y est pas parvenu en dépit d’une tête que l’on sent bien faite. Sa démonstration de tête, Lorenzo la fera d’excellente manière devant le manso quasiment perdido sorti en dernier qui passe la tête dans le tissu puis s’en va. Mental, technique, obstination, Lorenzo lui arrachera une faena introuvable d’immense mérite (une oreille).

Un quart d’arène, hélas, avec un Burgoa à la présidence, toujours infaillible. Ce miracle d’aficionado au palco devrait présider toutes les corridas nîmoises, si nous souhaitons collectivement sortir du marasme. Et si Nîmes sait donner un Thomas Joubert et un Burgoa à l'aficion, alors tout n'est pas perdu.

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