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28/05/2015

Nîmes, Pentecôte 2015 : un millésime de peu

Nîmes, 22 mai 2015- Juli, Morante de la Puebla/ Garcigrande

Pas envie d’aller à la plage ! Il y a des jours comme ça. On y est toujours allé, elle est à deux pas, on adore ça, le soleil et la mer, les jolis parasols et les bruits étouffés que dissipe la brise marine, cris d’enfants, rumeur des vagues, sourds rebonds de balle sur des raquettes, rires lointains… La berceuse ouatée des bords de mer.

Oui, mais là, soudain, sans rime ni raison, on dit non. Nan ! Plus envie du tout. Refus. Stop. Marre du sable, des gens et même de l’eau, des gosses turbulents, et de tout cet étalage d’huile, de crèmes à bronzer, des trop blancs qui osent, des trop bronzés qui n’ont que ça à fiche. De se trouver là parmi eux, comme eux, forcément trop. Trop blancs ou rouge écrevisse. Ou luisant. Ou trop chaud. Vice versa. Recto verso. Steak haché. Bleu, saignant, à point ou trop cuit. Je dis stop !

Et cependant on y va quand même, parce qu’on n’ose pas refuser, pour faire plaisir aux amis, parce que c’est prévu de longue date, parce qu’on ne sait jamais, une fois sur place peut-être qu’on appréciera. On a tant aimé cela…

C’est dans cet état d’esprit que j’ai pris place dans les arènes. Evidemment, le premier toro, insignifiant de tout, n’était pas de bon augure. Morante a abrégé le combat pour le punir qu’il fît du vent. Bien fait, grinçai-je.

Juli avait tout du sale gosse qui joue au foot à deux pas de votre serviette, plein d’entrain hélas, assez gavroche sur sa barricade, se battant contre le vent et se trouvant héroïque sur le premier (jolies naturelles aidées sur le final, terminant par passes à l’envers, une oreille), très élastique sur son deuxième adversaire plus conséquent, déhanché, nerveux, faisant face aux rafales, mais si agité qu’on le maudissait de nous envoyer tant de pelletées de sable sur le visage en hurlant « hei, hei » à nos oreilles.

Morante, lui, a fait le bôgosse, le piéton du bord de mer qui s’exhibe. Une promenade les pieds dans l’eau pour se laisser voir, distant et avantageux. Un quite très affecté sur son second, le meilleur du lot, bravote, petite charge et très noble, puis un temple et une lenteur inouïe par derechazos à la muleta, comme une gifle arrogante au sale gosse qui nous avait ensablé. Le Concerto d’Ajanjuez sirupait le tout, saturant le ruedo d’émotion. La musique de Ruddy tenait lieu de caste et nul ne trouvait à y redire. Oreille, c’était le trophée adapté à celui de nos sens qui avait été le plus sollicité…. Toreo de cape baroquissime sur le suivant (accueil par un inattenduet impeccable farol, suivi de chicuelinas outrepassées, chargées de broderies). Très « m’as-tu vu ». Un peu pénible.

Le baroque est la mauvaise rime de Morante. C’est ainsi qu’il versifie quand il manque d’inspiration. Juli va au quite et, soyons honnêtes, soudain on en vient à aimer la décadence de la manière précédente… Morante d’un geste las et désinvolte invite Jérémy Banti, le sobresaliente, le vrai bogosse, à faire de même, du genre « au point où nous en sommes… ». Jérémy regular. Le toro, jusqu’alors aimable et inlassable, n’a plus rien à la muleta. Quatre des six n’avaient pas grand-chose dans aucun tiers (ni trapio, ni cornes, ni présence), mais on fond je n’en sais rien : n’y tenant plus, j’ai fui le bord de mer après la mort du cinquième.

Nîmes, 23 mai 2015, Fandi, Manzanares, Talavante/ Nunez del Cuvillo

Les toros avaient un peu plus de présence que ceux de la veille et deux d’entre eux (le premier et le dernier) un brin de trapio. Pour les cornes (quatre sur six très commodes ou brochos), il faudra encore attendre un peu. Le tercio de piques fut désespérément symbolique, sauf sur le dernier. Le vent fit encore des siennes et on craint un instant, tant les « combats » nous paraissaient immatériels, futiles et anodins, que ces arènes «  de première » soient emportées par une rafale de Mistral, comme fétu de paille ou baguettes de mikado.  Mais bon, on est là et on s’accroche par fidélité à ce que nous avons aimé et une fois mentalisés, remis à l’échelle et transbordés dans une plaza de secunda (Antequera, Albacète, Fuengirola ou Palavas), on finit par apprécier. 

Je fais partie des heureux qui ont peu vu El Fandi et j’avoue que tant de saturation virile du ruedo durant au moins les deux premiers tiers (cape et banderilles) m’a beaucoup diverti. Athlétique, varié à la cape, mises en suerte heureuses, impressionnant d’aisance et de sûreté aux bâtons, ce torero populaire et pléthorique m’a enthousiasmé. Le sorteo lui a souri : son premier un peu faible avait un fond de caste intéressant, son second était mobile. Muletero court, il a marqué davantage d’engagement sur son premier (insiste joliment à la naturelle, très grand redondo de la main droite) que sur le suivant qu’il a toréé marginalement mais qu’il tue d’une épée phénoménale, en se jetant entre les cornes, quasiment allongé sur son adversaire (saluts, une oreille).

Nîmes ne sourit pas à Talavante et c’est hélas réciproque. Son premier adversaire est changé pour faiblesse, le sobresaliente n’est guère mieux  et le dernier qui sort du toril comme un bolide se révèle tardo, brutal et sans classe. Pas grand-chose à faire et Talavante, hormis une première série sur le dernier, le genou ployé où il s’expose, n’insiste guère (silencio et silencio).

Et puis, il y eut José Maria. Prince partout et infant à Nîmes, qui lui fait ses condoléances en l’appelant à saluer avant la sortie de son toro. Il se dégage du callejon, fait quelques pas et de sa montera un geste vers le ciel en hommage à son père, comme s’il lui offrait ce triomphe, en humble et parfait entremetteur d’aficion. C’était très beau.

Son premier est soso et le vent gênant. Quelques longs derechazos lents entre quatre pas de replacement et une épée (hélas à la deuxième tentative) fulminante (saludos).

La faena suivante fut toute d’intelligence et de suavité, une faena de grande patience avec de longs repos pour que le toro se reprenne, une faena couleur sépia, de papier parfumé, où on se laisse toréer par la Concha flamenca, plus belle que jamais, une faena de derechazos amples et quelquefois profonds quand la main est plus basse en milieu de série, de solos de clarinettes, de temple et de douceur, de reprises musicales sur un changement de main par devant avec les naturelles à suivre, de cites délicats, de respirations suspendues et de pechos où le toro s’aimante et s’évapore. Une faena comme une valse lente, attentionnée et languide. La faena d’un amant.

Sûr de l’effet délivrant de tant de prolégomènes et de l’abandon enivré de l’autre, Manza tente un recibir et cette tentative est émouvante de présomption. Hélas le toro, fragile, se refuse une fois et une fois encore (un tiers d’épée, descabellos, très grosse vuelta).

Nîmes, 24 mai 2015, Rafaelillo, Escribano, Paco Urena/ Victorino Martin

Et soudain la sauvagerie envahit la piste. Un toro efflanqué et gris, petit mais bien dans le type, un toro qui ne s’en laisse pas conter, qui galope sans se donner le temps de jauger ni de se laisser distraire par les hommes, qui saute comme un forcené par-dessus la barrière, court en trombe dans le callejon et revient, la gueule en sang comme qui aime la castagne, mais la bouche fermée parce que le combat ne fait que commencer. ENFIN !!!

Ce surgissement de race vicieuse, d’agressivité féroce est le premier depuis trois jours, et franchement je respire un peu. La « Fiesta Grande » est de retour ! Et soudain tout s’électrise, les « olés » deviennent rageurs, on retient son souffle. Finis les cierges imaginaires pour que le toro ne s’effondre pas, qui sont la lumière morte de nos après-midi de peu. Ce toro et la brega à l’ancienne de Rafaelillo,  c’est éclairs et tonnerre, le bruit et la fureur. On prie, certes, mais cette fois-ci à l’endroit et non à l’envers, pour que le torero ne soit pas blessé par cette peste et qu’il parvienne à peser, à dominer, à réduire cet adversaire. Oh, ce toro n’est certes pas un brave, même s’il accourt volontiers vers le piquero puis vers les banderilleros, sans pousser beaucoup sur le caparaçon mais coups de tête vers le haut ou s’étirant comme un tigre pour atteindre les hommes à pied. Et ce n’est certes pas non plus un « toro qui sert », comme Nîmes les aime sans s’aviser trop de ce que cela signifie. Sert pas la soupe au torero, ah ça non ! Mufle au sol, cornes chercheuses, se retournant vif et salopard, c’est un toro. Et Rafaelillo un torero sûr, qui torée, s’éprouve et se grandit dans une  faena valeureuse, construite, allant cependant un peu a menos quand le toro ne veut plus « jouer » mais qui s’achève par une épée de verdad, un peu contraire. Franchement, pour moi, la feria commence.

Rafaelillo sera moins convaincant sur le suivant, plus en cornes, le plus brave du jour qui s’enflamme sous la pique, la première prise de 20 mètres, la seconde de plus loin encore, le piquero, très sûr face aux assauts, salué à la sortie par la musique. Le toro se révèle brutal et avisé et Rafaelillo tout au souci contemporain de «  le faire passer » ne pèse pas suffisamment sur l’ouvrage et manque à la fois de dominio et d’idée. Dommage.

La Victorinada ne sera cependant pas de la même eau, les autres, tous assez petits et courts d’armure,  se révélant noblotes et un peu faibles.

Escribano qui brindera son premier à Alain Montcouquiol torera joliment de la gauche, mais un peu à l’extérieur, avant de se recentrer en fin de faena et de tuer d’une épée habile. Aux banderilles, ses deux premières paires étaient un peu du bout des doigts ; la dernière, « maison » (quiebro, al violin sortie por dentro), épatante (oreille). A offert le suivant au public, faible mais intéressant. J’ai trouvé Escribano un peu en dessous, en dépit d’une entame de faena par passes du cambio allurée et d’une main gauche au joli poignet. Aux banderilles, très grosse troisième paire « maison » commencée assis à l’estribo.

Paco Urena faisait sa présentation à Nîmes. L’Angkar local qui se prend pour la capitale d’un continent imaginaire lui a fait confirmer l’alternative. Le ridicule ne tue pas et tous les toreros désormais se plient à ce caprice de Petit Trianon, même ceux qui toréent depuis dix ans, ont confirmé à Madrid et à Mexico et en sont à leur dixième sortie en France. Nîmes vaut bien une messe… 

Ce torero a une allure de long jeune homme en dépit de ses 33 ans, mais ce qui étonne le plus c’est sa démarche lente dans le ruedo. Chez les toreros, il y a plusieurs sortes de démarches lentes. Il y a celle, affectée ou solennelle, des pleins de soi, de ceux qui ne doutent de rien et surtout pas d’eux-mêmes, qui aiment se laisser voir en majesté. Ce n’est pas celle d’Urena. La sienne, c’est plutôt la discrétion du timide, de qui ne veut pas gêner, qui entre dans le ruedo à petits pas de crainte de n’y avoir pas sa place. Une précaution d’indécis, qui va lentement pour s’interdire de reculer ou de fuir. Curro Romero, toujours singulier, mêlait ces deux types de lenteurs ; voilà pourquoi il nous rendait fou. Paco Urena, lui, nous émeut. Son approche comme au ralenti de son adversaire paraît dictée par le poids d’une nécessité intérieure qui pèse et dont il ne peut se défaire. Vraiment l’inverse de l’affectation ou de l’arrogance. Comme un doute qu’il ne parviendrait pas à chasser. La retenue craintive d’un enfant traversant la forêt la nuit. Urena, gauche et emprunté, c’est le « Pierrot » ou le « Gilles » de Watteau.

Il a servi une faena d’un grand classicisme, templée mais un peu froide, sur son premier, noble jusqu’à la soseria, allant cependant un peu a menos (petite oreille). Neurasthénique, académique et digne sur le suivant, il a égrené les naturelles les mieux dessinées de l’après-midi, dans l’apathie générale.

Nîmes, 25 mai 2015, Juan Bautista, Ivan Fandino, Daniel Luque/ El Torero

Juan Bautista est un torero impeccable. Il l’a encore montré ce jour. Il a fait ce qu’il a pu face à son premier, manso, faible, tardo et sans classe, tué d’une belle épée, mais s’est monté allant, intelligent et brillant face à son second, joliment baptisé « Palestino ». Il a mis en valeur la suerte de piques, en intimant à son picador de se positionner sous la présidence pour citer le toro de cinquante mètres, a planté les banderilles dans une ambiance de fête, a composé une jolie faena, battue par le vent, mais rythmée, cadencée et variée, avec de très belles naturelles templées, dessinées, toréées, y compris de face, les pieds joints, d’un grand classicisme, avant de tenter obstinément un recibir qui ne s’est accompli qu’au prix d’une inversion des terrains. Pour moi, c’était parfait. Deux oreilles méritées et une vuelta un peu tiers-mondiste pour « Palestino ». Il est vrai que le destin de cette terre chère à nos cœurs, tourmentée, éprouvée et oubliée, porte souvent à l’excès.

L’aficionado, désormais, veille sur Fandino comme le lait sur le feu. Ce torero a levé tant d’espérances depuis trois ans, qu’on s’en est remis à lui, comme naguère à César Rincon, pour renouveler le genre, c’est-à-dire revenir aux canons taurins. Rigueur, sobriété, exigence, toreria, il nous paraissait le seul à pouvoir, dans les arènes de première, remettre les pendules à l’heure et bousculer un escalafon sans competencia ni enjeux véritables. Le G5, les « Cent familles » du mundillo, a aussitôt redouté cette ambition qui lui était devenue étrangère et a fait barrage, méchamment, délibérément, honteusement. Fandino a été la victime de cette attente, la nôtre, et de cette proscription, la leur, se convaincant, au-delà de toute raison, que la frustration des aficionados et la crainte de rentier de ses collègues signaient la marque de son génie. Orgueilleux et solitaire, naturellement impatient, sans doute mal conseillé, il a surestimé son cartel, multipliant les difficultés entre défis prématurés et gageures illusoires. Ses récents échecs n’en furent que plus retentissants et cruels. Nous, ils nous affligent. Alors on le regarde désormais comme un suicidé revenu à la vie, avec crainte et compassion, non sans voyeurisme.

La déroute sur son premier, non pas seulement à l’épée, mais aussi muleta en mains, Ivan apathique, doutant de tout, de son toro, du vent, du sitio, de la distance était pitoyable. Mais sur son second, en dépit des rafales, on a retrouvé notre Fandino, dans le sitio, croisé, d’un grand classicisme, toréant, allant a mas jusqu’à des bernardinas ajustées et rugueuses comme celles de JT. Bien sûr, il y eut quelques enganchones en milieu de faena, mais ce tissu qui se froisse sur la corne est le symptôme de qui se refuse à décharger la suerte ou, à gauche, à s’aider de l’épée. Il y eût surtout une très grande série de naturelles, très centrées, la main basse, allant a mas et plus encore un enchaînement avec le pecho sans consentir d’abandon de terrain et en obligeant le tio, exigeant, en TOREANT. L’épée fut caida, mais le trasteo n’était plus celui d’un convalescent. L’austérité torera, l’absence absolue de fioritures, cette concentration mentale ont été, ici, reçues très fraîchement. On croyait Nîmes protestante. Mais elle n’est pas calviniste en aficion. Dommage.

Le vent nous a privé du capote de Luque, mais les gestes à la muleta ne manquaient pas de charme, trinchera et passe du mépris émouvantes en entame, rythme, temple et fluidité, plus centrée qu’à l’accoutumée, sa première faena sur un toro un peu faible, tué d’une épée merveilleuse,  lui a valu une oreille. Brinde le suivant à Jean-Baptiste, entame relâchée et gracieuse, puis tenu en échec par le toro et par le vent.

 


 [JB1]r

24/04/2015

Un anniversaire à Séville : les 40 ans de Cédric R., 19 et 20 avril 2015

L’ami Cédric a décidé de fêter son anniversaire à Séville. Cela tombe bien, ses quarante ans ce sont aussi mes trente ans de Séville ! J’y étais alors venu en 4 L pour ma première féria, voir Paco Ojeda, Emilio Munoz, Curro Romero et Rafaël de Paula. C’était en 1985, j’avais 25 ans. Je me demande si ce n’est pas à cette féria que j’avais assisté au tercio de quites où Curro et Rafael avaient rivalisé avec Paco dans un concours de véroniques absolument phénoménales, saluées par la banda du maestro Tejera. Cette année, ce n’était plus en 4L, c’était en tenue de soirée à la Casa de Pilatos. Comme je vous le dis ! Sacré Cédric ! Cette histoire de smoking m’a bien un peu contrarié, mais on ne chipote pas quand on vous invite à partager un rêve. Un sueno. De verdad !

Passer la porte de la Casa de Pilatos sous les flash des photographes, se faufiler entre des images de mode, retrouver des amis, de très nombreux amis, s’embroncher dans des famosos, être accueilli dans la cour au son de guitares, deux chaises de paille sous les bougainvilliers  et un croissant de lune dans le ciel,  traverser les salons arabo-andalous aux tapis épais éclairés à la bougie, s’imaginer soudain hanter une toile de Delacroix, arriver dans une immense cour au parterre tapissé de buis, au centre une fontaine, des terrasses sous galeries sur chacun des côtés, ici un ensemble de musique de chambre, là des gitans faisant la rumba, des bars partout, un essaim de serveurs attentionnés. Champagne !

Cédric a fait les choses en beau et son plaisir, son rêve fou, ce fut de nous convaincre qu’ainsi, dans cet endroit magique, nous pouvions l’être tous. Et on l’était en effet, tous sans exception, beaux et ravis. Comblés. Mais la soirée ne faisait que commencer.

On fut invité à traverser d’autres salons aux murs couverts d’azuleros et à prendre place dans le patio d’honneur de la Casa pour le diner. Un zapateo de feu sur une estrade devant la statue de Minerve en encoignure, le bouclier aux pieds, a électrisé les tables chics. Maxime a dédié une chanson romantique à Cédric qu’il a chantée plus crooner que jamais ; une belle chanson d’amour tendre et inspirée qui nous mettait les larmes aux yeux puis Cédric a dit quelques mots, presque rien, comme si cette fête n’était pas la sienne, mais la nôtre. Celle qu’il nous offrait. Il a évoqué « Pépita » en regardant le ciel et chacun a compris que son amie, cette figure sévillane, la « Pépita » du Grau et d’Aigues-Mortes lui manquait.

C’était une merveilleuse soirée sans fin, où les salons hispano-mauresques traversés à l’arrivée sont devenus discothèque jusqu’à l’aube avec musique « live », des femmes en robe de soirées allongées en odalisques entre les coussins, Manzanares riant avec sa bande, Paco Ojeda regardant amusé deux ou trois drag-queen qui rodaient non loin, la haute silhouette du Comte de la Maza, tous l’ivresse et l’amitié au cœur, et moi les chaussures qui commencent à faire mal.

Le lendemain, on songe au petit poème en prose de Baudelaire «  Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise ».

Cette injonction, Cédric l’a réalisée le jour suivant à la Casa de Guardiola, Puerta de Jerez, en nous offrant une autre fête, aussi munificente mais plus intime, con sentimiento, dans le patio de style plateresque de ce palais XIXème, où les élégantes colonnes où la brise circule, le décor de stuc léché de soleil, le mur ocre du patio couvert où grimpe le lierre, les ombres douces et les éclats tamisés de lumière rappellent les scènes hispano-mauresque des toiles de Maria Fortuny. Et là dans cet écrin, sans que nul ne s’en avise, le duende a soufflé tout l’après-midi jusqu’au creux de la nuit. Un duende qui nous a pris aux tripes, un duende d’émotions intimes, bouleversant, remuant les souvenirs, fouraillant les cœurs, rappelant les âmes mortes et nos chers disparus.

Il faudrait tout dire, savoir tout écrire, raconter Mila, cette femme en châle à fleurs dans le répertoire de la Pantoja, accompagnée au piano et qui nous fait pleurer, ce Manuel, à l’allure italienne, qui vient un temps l’accompagner en duo, les applaudissements interminables, ces deux têtes d’ange que l’on aperçoit soudain sortant de leur médaillon de stuc pour s’embrasser dans un coin, cette bande de gitanes de Jerez, de Cadix et d’Utrera qui sont venues en famille et qu’accompagne un guitariste austère, vieux monsieur chauve bien mis, au visage d’intellectuel des années 30, aux lunettes d’acier et au pied-bot. Ces trois jeunes dans l’autre cour qui jouent des sévillanes. Oui, il faudrait…

Mais un pianiste va nous bouleverser plus encore. C’est Joaquim Parera Obregon dans une de ses compositions jouées au piano sous les arches en dentelles du patio. Une véritable commotion : cet homme arc-bouté sur le clavier est un maestro, un Glenn Gould, Morante à la véronique. Une composition éblouissante de thèmes sévillans et de musique espagnole, des variations de « Nuits dans les jardins d’Espagne » enchaînées à des phrases de « Dios te salva Maria », des soupirs de fandangos et des basculements de buleria ou de solea ; on croit que c’est fini, mais ce précipité de notes n’était qu’une trinchera, et la faena reprend, plus belle encore, variée, étonnante, profonde, accrochant de nouveaux thèmes, les précipitant ou s’emparant de nous avec violence ou mélancolie. Ces adagios, ces largos, ces barcarolles, ces obstinatos infusent et nous frappent au cœur à nous faire rendre l’âme. Cet artiste possédé par le duende arrache nos souvenirs du plus profond un à un, les plus enfouis, les fanés et les couleurs éteintes, et ses notes sont soudain une vie ressuscitée à Séville, le défilé de nos vieilles années ici. Alors on pleure tous, mais chacun pour soi : notre première fois à Séville, les Portes du Prince qui s’ouvrent sur le Guadalquivir, la Virgen de Triana et celle de la Macarena, les nuits fauves au Parc Maria Luisa et nos premières pensions humides au petit patio fleuri, le Rocio ou les attentes de la Semaine Sainte, nos cours d’Espagnol au lycée et nos amis d’ici (Olé Crescencio ! Olé Conchita !), on pleure le temps qui passe et ce qu’on a vécu, cette amitié qui circule et les copitas de Manzanilla, les calèches du campo de la feria (Olé Martine et Armand !) et le Christ du Grand Poder. On pleure les beaux jours et les autres, ceux qui sont là et ceux qui ne sont plus. C’est magique, merveilleux, éprouvant. Et cette épreuve est véritablement, authentiquement et terriblement sévillane.

Beaucoup plus tard, les tables seront disposées en cercle au fond du patio autour des gitanes de Jerez et du guitariste. Chacune chante et danse à son tour comme au coeur d’un chaudron. Un rayon de soleil doux souligne le profil de Ana Manzanares, la sœur du torero et on se surprend à trouver qu’elle lui ressemble, ces yeux en fente indienne, ce nez si joliment troussé, ce front haut. Ana a été frappée par le sort à la naissance mais elle a le profil d’une princesse.

Elle est là en première ligne du cercle aux côtés de sa sœur et des amis qui veillent sur elle, accompagnant le baile et le canto de petits mouvements de la tête. Sa joie d’être là, parmi nous, notre égale, est belle et poignante. Et soudain, n’y tenant plus, on voit Ana se lever, se défaire de son sac en bandoulière pour venir au centre chanter le canto et danser. Les sons se bousculent et parfois s’éteignent dans sa bouche et sa danse est un peu celle d’Olympia, la poupée cassée des « Contes d’Hoffmann ». Ce surgissement flamenco des profondeurs, des gouffres de la vie et des mystères de l'énergie vitale était saisissant. Le duende qui, à cet instant, est venu cueillir cette jeune fille, qui lui a intimé l’ordre d’habiter los medios, cette flamme vive que nous avons accompagnée de palmitas et de « olés », la gorge nouée, n’était plus le silence de Dieu. C’était un signe de Sa grâce. Une Pentecôte sévillane. A cet instant, ce patio d’amitié et d’arte devenait assomption, une aspiration miraculeuse du ciel où l’on imaginait Bernanos heureux.

Voilà les instants que nous ont offerts Cédric et Maxime pour cet anniversaire. Pour sûr, mes trente ans à Séville ont été réussis !!!!

 

 

 

Sévilla, Feria d'avril 2015

Séville, 17 avril 2015- El Cid, Daniel Luque, Pepe Moral/ Montalvo

Demi-arène bien affligeante pour un vendredi de pre-féria à Séville. Les tendidos  de la Maestranza sont comme chaises vides dans une réunion électorale désertée : on ne voit qu’eux. Et l’aficion des présents paraît relever davantage d’une obstinée fidélité en des temps révolus que de l’acte de foi en la résurrection prochaine d’une passion que l’on sent s’éteindre doucement, irréversiblement, comme la vie qui glisse entre nos doigts, sauf survenance de quelque miracle que rien n’annonce tant les protagonistes de la fiesta brava - oui, c’est ainsi que cela se nommait- le G4, les autres toreros, l’empresa, les ganaderos qui s’adaptent et nous autres qui persistons à nous compromettre, paraissent se liguer pour que rien de tel n’advienne.

Trois toros faibles suivis de deux décastés, après deux changements (le 3 et le 4), tous de présentation à peine correcte pour Séville, n’ont pas flatté notre moral.

Le premier du Cid était sans doute le plus noble, chargeant un peu et se replaçant comme  majordome anglais à un cocktail de la gentry, avec discrétion et à distance convenable, prêt à servir à nouveau au moindre signe, mais un majordome vieilli, usé, sans force et un peu sourd qui en approchant renverse quelquefois le plateau sans que nul ne lui en veuille, tant chacun a à cœur que tout se passe bien. Ce toro c’est « Les vestiges du jour » d’Ishiguro (le livre) et d’Ivory (le film). Luque, au quite, l’a traité avec une douceur exquise et le Cid lui a tiré une ou deux séries de longs derechazos sans l’obliger ni le contraindre, tel un maître de maison attentionné à sa domesticité déclinante.

Regain de jeunesse sur le suivant, un manso perdido qui fait trois fois le tour du ruedo et fuit tout signe de combat, que le Cid, avec métier et décision, réussit à conserver dans sa muleta templée et basse en deux séries de la droite avant de le suivre en querencia près du toril, comme qui sait prendre ce qui vient, sans illusion excessive. Tant d’abnégation torera pour combler un public qui ne demande que cela, sachant qu’il n’y a rien d’autre à faire, touche au grandiose.

Luque, aussi, a dû mettre un peu du sien au second qui lui saute au visage à la première véronique et se rue comme un brave sur le piquero par deux fois, en lui servant un quite par chicuelinas de macho, énergique et jambes écartées, conclues par une larga de grande toreria qui s’achève, avec arrogance, dos à l’adversaire et cape sur l’épaule. Daniel brinde au public mais la demi-charge qui reste de ce toro, finalement faible, ne permet rien de notable. Le cinquième, sans trapio, entre en boitant ; Luque dessine deux véroniques à genoux dans l’indifférence générale puis trois autres en parones et une demie à faire enfin saliver. Longue faena languissante…

Reste Pepe Moral qui a d’abord offert au public, pour de mystérieuses raisons, insondables au profane, son premier combat sur un cardeno sans trapio, efflanqué, apeuré et tremblant,  puis  montré ses bonnes manières sur le suivant, le dernier de l’après-midi, de présentation sérieuse dans un toreo vertical, les pieds joints, penché sur l’ouvrage, par derechazos amples et profonds. Ce torero au physique sec, au visage émacié, terriblement homme de la terre, droit et austère, sauve l’après-midi par son sentimiento. Plus marginal à gauche, il aguante en fin de faena un adversaire qui n’en peut plus et qu’il tue d’une belle épée et arrache un petit trophée, tout sauf impérissable mais pas immérité. Il sort fêté calle Iris, dans une ambiance bon enfant et pueblerina, sympathique en diable, entouré de sa famille et de ses amis de la proche banlieue.

Séville, 18 avril –Enrique Ponce, José Maria Manzanares, Lama de Gongora/ Victoriano del Rio

La Maestranza se retrouve. Plein soleil, no hay billettes et ambiance des grands jours calle Iris où l’on accueille Manzanares en sauveur de la feria. Et on a compris ce jour pourquoi il l’était.

Manzanares n’est ni artiste ni lidiador et sa recherche passionnée de l’élégance peut agacer comme les muscadins les sans-culottes après Thermidor. Mais l’heure n’est plus à la Révolution et s’il affectionne les flash et les podiums, les magazines et les défilés de mode, la jet-set et tant d’autres choses qui font los famosos, on aurait grand tort de négliger l’essentiel : il paraît dans les ruedos tous les après-midi où il risque la blessure ou la bronca, aime ça, l’adrénaline qui monte et les cornes qui rodent, la cicatrice possible sur ce physique de statue grecque ; la flétrissure ou l’ivresse narcissiques. Mais lui, ce n’est pas dans une flaque d’eau sous les ramages qu’il se contemple, c’est en toréant dans une arène, avec le superbe du gladiateur gracié, chéri par les femmes de sénateurs ou de patriciens romains du Bas–Empire, toréant à sa façon, cherchant le temple et le lié de la passe plus que toute autre chose, les joliesses immaculées du toreo de salon mais « in live » jusqu’à l’épée finale, son moment de vérité quoiqu’il advienne.

Il a certes mis du temps, ce jour, à s’accorder avec son premier, manso distraido, faible, à la charge erratique mais aux jolies cornes, qui a pris deux micro-piques, ne s’avisant qu’en fin de faena qu’il fallait le prendre par en dessous (en tapis volant) et non en lui tendant la muleta frontalement. Mais alors, bon sang, que ce fut beau et ample, un vrai chavirement, son toro en querencia près de la barrière prenant soudain feu en deux séries de verdad de derechazos longs et profonds liés à des pechos interminables sur un terrain enfin réduit à l’extrême avant une épée fulminante (une oreille). Sa seconde faena sur un toro aux armures commodes fut également intermittente, après un tercio de banderilles salué par la banda de musica : génie de Curro Javier qui n’attendant pas la mise en suerte profite opportunément de la course du toro qui poursuit encore Luis Blasquez pour réaliser un quite en plantant les bâtons.

Une entame au centre de grande allure, plus nerveuse, le torero davantage dans le sitio qu’à l’accoutumée, un manque de lié sur les séries suivantes du fait de la faiblesse du toro, avant d’aguanter aux barrières dans une faena allant a menos dont il n’y avait pas lieu d’espérer une récompense. C’était compter sans l’orgueil du torero qui se grandit et se dépasse par une épée de macho, en todo lo alto, décisive, sur le toro collé à la barrière, sans autre sortie possible que sur lui. Une épée de gladiateur de Bas-Empire qui n’escompte la grâce de quiconque et ne compte que sur ses propres forces, soudain ramassées et irrésistibles, pour que le pouce soit une fois de plus levé (oreille).

Ponce fit peu et long devant le plus piètre lot de l’après-midi, son très beau premier (585), manso qu’il fit châtier excessivement, qui s’est repris aux banderilles, mais est arrivé irrégulier à la muleta et son second, absolument dépourvu de classe.

Lama de Gongora, dont c’était l’alternative, est passé à côté du meilleur de l’après-midi (le premier), dans un trasteo lointain et précautionneux où il  n’allonge pas le bras à droite et recule à gauche.

On sort tout de même content, c’est dire où nous en sommes de notre niveau d’exigence.

Séville, 20 avril 2015 – Ferrera, Fandino, Pepe Moral- Torrestrella

Corrida affligeante dans une demi-arène écrasée de soleil, où l’on priait sans illusion pour que les toros, tous d’une faiblesse insigne, ne tombent pas. Profond abattement que n’ont durablement dissipé ni l’entrega de Ferrera, plus sérieux qu’à l’habitude et toujours spectaculaire aux banderilles, ni la confirmation des jolies manières de Pepe Moral sur son premier adversaire, offert au public avec une entame de faena en citant, depuis le centre, son toro à la barrière, pour une passe du cambio avec de beaux enchaînements, puis quelques séries droitières profondes, lentes, templées et cette discrète vibration de sentimiento, entrevue avant-hier (musique, entière lointaine, deux descabellos).

Public impassible qui ne s’est révolté qu’à la mort du cinquième, copieusement sifflé, et qui a obtenu, sans la complicité des tendidos de sombra, impénétrables face au désastre, le changement du sixième, à peine plus invalide que les précédents.

Et le basque ? Une erreur de casting manifeste avec des toros pareils. Mais aussi une grossière erreur de jugement de sa part quand il est allé par deux fois au quite sur les toros de ses camarades, des sifflets épars lui intimant de n’en rien faire tant le lot appelait aux économies de temps de crise. Hélas, un joli toro melocoton, au pelage en peluche comme un jouet d’enfant, d’un peu de présence tant à la pique qui l’épargne que durant le tercio de banderilles où il galope de bon cœur, nous déniaise sur l’essentiel : Fandino, le torero qui ne sourit pas, tout à l’édification de son personnage austère, concentré et diferente, l’orgueilleux et brave maestro, a perdu le sitio.

« Perdre le sitio », pour un torero, c’est comme pour nous autres, frères humains, perdre la main. On ne sait trop pourquoi, lassitude, faiblesse, dépression ou préoccupations diverses, mais ce qui était possible ne l’est plus. On le sent, ça se voit, et on n’y peut pas grand-chose tant que l’on n’en sait pas la cause. Les toreros vont-ils en psy ? Je ne sais. Mais ce qui est sûr, et triste, c’est que Fandino a perdu le sitio, comme il peut arriver à chacun de nous de perdre la main. L’échec de son solo de Madrid n’en est pas la cause : il en était déjà le symptôme. Le diagnostic a été confirmé à Arles, il est consacré à Séville. Ne nous affligeons pas, le sitio revient comme on le perd : toujours par surprise. Il suffit d’y croire. Courage Maestro !

Séville, 21 avril 2015- Finito, Manzanares, Luque/ El Pilar, Moises Fraile

Il y a pire qu’une faena allant a menos. Il y a les corridas qui s’effilochent.

Une arène quasi-pleine sous un soleil triomphal, des robes de sévillanes partout et une guirlande de mantilles aux palcos de sombra donnent à la Maestranza un air de fête. C’est lendemain d’alumbrado.

Finito, dans un superbe habit bordeaux et or, scintille de mille feux face au meilleur du lot- nous ne le savions pas encore-, un toro haut, un peu maigre mais en cornes, bravote et de grande noblesse. La réception à la véronique s’achève par un bouquet de trois demies enchaînées, le tissu ramassé au maximum qui se dérobe tel Aladin, devenu nuée, qui disparaît aspiré par sa lampe magique. A la muleta, les terminaisons des deux premières séries de la droite, des derechazos longs, templés et profonds, avec changement de main et passe de la firma en jet de muleta comme coup de fouet au sol sont d’une préciosité inattendue et violente ; la seconde, mieux exécutée encore, à rendre fou ! Les naturelles les plus pures du cycle – limpides, encore un peu rapides, mais templant le toro sous nos yeux- sont énormes et la variété des enchaînements à suivre de main droite (molinete, deux derechazos, molinete, passe par le bas, pecho) d’un goût exquis. Finito reprend la main gauche pour égrainer des naturelles que la faiblesse de son toro ne permet plus de lier ; la passe est belle, lente, très dessinée, mais la position après replacement marginale. Une épée basse et deux descabellos nous privent de l’attendue polémique sur l’octroi des trophées : une grosse ovation et un saludo fort templé saluent le chef d’oeuvre, fragile et durable comme la poésie.

Manzanares sera moins inspiré sur le suivant, un beaucoup plus joli toro qui pousse avec allant et force à la pique jusqu’à renverser la cavalerie et auquel Luque servira un quite par véroniques de Semaine sainte, toutes de douceur et de compassion mêlées. Le tercio brillant de banderilles à suivre (saludos pour la cuadrilla) nous laissa espérer le meilleur, mais la faena sera hélas sans inspiration ni entrega, esthétisante au passage en dépit de deux ou trois pechos de la casa.  Difficultés à la mort, le toro n’ayant à aucun moment été dominé (silencio). Nous apprendrons un peu plus tard que le torero était souffrant, victime d’une gastro, ce qui ne doit pas être plus agréable en habit de lumières qu’en costume de ville.

Retenu à l’infirmerie, Manza passera son tour au cinquième pour toréer le six qui sort en boitant mais est le seul à pousser comme il convient au tercio de piques. Brega de grande intelligence de Curro Javier qui le ménage. A la muleta, où le toro arrive faible, José Maria recherche patiemment, élégamment et avec une obstination attentive et douce, le temple, tel le sourcier de l’eau dans une terre aride, et y parvient en deux séries après quoi son toro, parado, n’a plus rien à offrir. Manza pinche, déçu. Mais, tout embarrassé qu’il soit, il se reprend et tue d’une épée superbe. Vous, je ne sais pas, mais moi en tel cas, je me mets en repos en alternant Imodium et Ercéfuryl. Lui frappe comme un belluaire. C’est quand même une sacrée différence entre le maestro et le commun…

Luque a été, comme souvent, souverain à la cape et anodin à la muleta, avec cependant le plus mauvais sorteo du jour, un très faible premier, qu’il a eu l’idée d’offrir (saludos de politesse) et un second manso, décasté, faible et très court (silencio).