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25/08/2016

Bilbao, 24 août 2016- Morante, Urdiales, Gines Marin/ Alcurrucen

Un lot dans tous les tons de roux, comme son nom le suggère, jusqu’ à cette robe si vilaine d’aplats albinos du deuxième qui sera le meilleur de l’après-midi, non pas un grand toro, mais un toro avec codicilla qui paraît se régaler de tout. Ses frères nous ferons vivre un martyre, complétement décastés, fuyant la moindre sollicitation, se tanquant au centre en tremblant de frousse, comme réfugiés sur une île déserte, refusant à la fois tout combat et la moindre assistance. Un vrai crève-cœur pour anti-taurins et une sacré déprime pour l’aficionado.

Morante ne fera rien car il n’y avait rien à faire. Des sifflets sur son premier et une bronca de gala sur le suivant signeront, non pas la défaite du torero, mais l’amertume de la plaza déçue, remplie au 4/5 ème.

Gines Marin, appelé en remplacement de Roca Rey, en prendra de la graine et tentera avec beaucoup de dignité de faire face à son premier, manso perdido qui n’humilie pas, face auquel il ne pouvait qu’être en échec et à son second, plus intéressant, où sa faena sera une vraie leçon de choses pour l’aficionado. Ce toro, tardo, ne passe que si l’on s’expose et si l’on s’expose beaucoup. Voir ce jeune torero prendre sur lui, avec courage et décision, mais pas constamment tant c’est difficile, et voir alors ce toro passer avec fougue, vicieux, violent mais tout de même un fond de caste dans la charge, est d’une grande beauté, âpre et quelquefois grandiose. Le sitio, le terrain, se croiser, oui, tout ceci est très instructif. Gines Marin s’accroche, lie la passe de la droite au pecho sans rien consentir, puis recule, complétement fuera de cacho, cite alors le toro en vain, comprend, se rapproche et ça repasse ! Jusqu’à une série finale de trois derechazos de face qui conclut cette bataille méritante (vuelta pour avoir bellement essayé).

Une très belle surprise cependant dans le marasme de cette course, les retrouvailles avec Diego Urdiales, déjà fort applaudi après le paseo et invité à saluer en rappel de son triomphe de l’année passée. Le toro est vraiment très laid, albinos et roux, haut sur pattes, bizco…. Les delantales d’entame sont précieuses, le toro a du répondant, pousse à la première pique, vient avec allure sur la seconde, Gines Marin s’y frotte par chicuelinas, et on croit la course lancée.

Belle faena de grande intelligence, classique et profonde d’Urdiales, centré, dans le sitio, les deux pieds bien en terre, ne jouant que de la taille et du poignet, qui arrache des rugissements de plaisir à l’arène dès la première série de la droite, liée, templée, gracieuse, et plus encore à la seconde de la même eau mais qu’il ourle d’un changement de main pour finir avant le pecho. En attente de la musique qui tarde, les palmitas accompagnent la troisième, tout autant habitée. A gauche, sur deux séries, ce sont les trois aidées qui sont à retenir, des aidées d’estampe, des aidées non parce que le torero se protège mais par ce qu’il souhaite mettre en confiance l’animal sur cette corne, apaiser sa charge, lui rendre sa lumière. C’est très très beau. Le torero revient à droite, pour des derechazos de face, de grande allure, puis brode quelques aidées par le bas en allant vers les barrières, qu’il conclut d’une trincherilla. Trois naturelles de face, l’épée de mort en main, magnifiquement placée. Le toro meurt sans puntilla. Deux mouchoirs blancs tombent du placo, là où beaucoup de Français n’en envisageaient qu’un (un gros consentent-ils le soir après deux ou trois gin tonic).

Vuelta al toro un peu généreuse.

Son second aura la race majoritaire du lot, c’est-à-dire, la couardise et la pitié. Rien à faire en dépit des efforts. Morante repart sans doute rassuré, pendant qu’Urdiales sort en triomphe de son arène.

 

Saint-Gilles, 21 août 2016- Ivan Fandino, Paco Urena, Thomas Joubert/ Mollalta

A Patricia, une première corrida…

Une belle arène du Midi : des pampilles de soleil au feuillage des platanes ; deux toros blancs (jabonero) inattendus, comme sortis d’un rêve d’enfant, joli trapio, un fond de caste, qui poussent au cheval et se reprennent au troisième tiers, la gueule fermée, tardos mais avec du jeu ; les trois derniers, à la robe noire, superbes, le 4 encasté, le 5 noble, le 6 un toro de grande classe aux cornes cependant suspectes ; la banda Chicuelo et Rudy en grande forme sous leur auvent de canisses.

L’arène est quasiment pleine pour accueillir la belle terna du jour, en dépit du Mistral qui souffle en rafales lors du paseo : ça fait plaisir !

Fandino dans son habit étain et or de Madrid, tout en densité virile, se battra contre le vent devant un bel adversaire à la charge courte, sérieux et centré avant de se jeter entre les cornes de belle manière. Plus serein sur le suivant, dans une faena sans grande fioriture mais rythmée et dans le sitio. Il est vrai que les fioritures ne lui réussissent guère , ses manoletinas finales en témoignent.

Paco Urena est la figure du torero intemporel. On aurait pu le voir dans l’arène il y a des siècles. Sa manière est celle d’un poète anonyme ; seule sa versification compte, délicate et classique, transparente comme l’eau vive sous les ombrages ; fragile comme du papier de soie. Un torero sans physique, sans âge, sans faits de gloire hors l’arène, sans anecdote buzzante : c’est l’anti-Morante ! Grand temple et grande allure sur son premier avant un désastre à l’épée. Très bonne moitié de faena sur le suivant qui hélas s’éteint vite. Très beau geste à l’épée, cependant en arrière. Le torero sort de l’arène aussi triste qu’il y était entré, la mine basse, les épaules voutées, portant tout le poids du monde sur son bel habit de lumières.

Thomas Joubert n’a pas l’air bien gai non plus, mais ce garçon a une distinction naturelle étrange, en piste comme dans son toreo : une raideur dans le maintien, très droit, très vertical, très haut, une ombre d’aristocratie anglaise, très « landed gentry », associée à un relâchement, imperceptible et affecté, d’une grande puissance suggestive. Il fallait le voir à la barrière, quand ses compagnons de cartels toréaient, les regarder, droit et impassible comme un colonel anglais attendant sa main de bridge, les avant-bras abandonnés à la talanquera, le poignet cassé, les mains suspendues au-dessus du ruedo en un prolongement d’une grâce infinie. On songeait aux danseuses balinaises.

Cette impression n’était guère trompeuse ce jour… Que arte et quelle distinction ! Au premier, dans des rafales de vent, il est parvenu à lier trois passes souveraines de dessin, de temple et de lenteur mais c’est la fin, par naturelles de face après replacement à petits pas, qui était inouïe de présence dans le sitio, de toreria et de grâce. Il pinche dans la consternation générale et plutôt que de reprendre aussitôt l’épée, il sert à nouveau un bouquet de naturelles de face. L’arôme n’a cependant pas suffi à armer son bras. Pluie de pinchazos.

La faena sur le second, un toro de grande classe, sera d’une même eau mais plus complète. Plus centré, plus abandonné en cours de faena, illuminée par de beaux changements de main et des enchaînements sans rien concéder à son adversaire. Sans doute, Thomas torée encore trop peu : il a plus d’allure que de vrai dominio. Epée après pinchazo. Deux oreilles et vuelta al toro méritées.

On sort content….

 

17/05/2016

Feria de Nîmes-Pentecôte 2016. Derniers temps avant divorce

« La différence c’est ce silence/ Parfois au fond de moi » « Lettre à France », Michel Polnareff

Faut qu’on discute.

Il y a quelque temps que je voulais te le dire, mais je n’osais pas, je croyais encore que tout pouvait s’arranger. On est souvent lâche à l’heure d’un dénouement qu’on redoute. Alors on trouve toujours mille prétextes pour entretenir la braise des passions éteintes. On souffle encore sur l’âtre froid et sans âme, on sait que c’est foutu, mais tant qu’on souffle, on ne s’en éloigne pas, alors.. on fait semblant de croire à un nouvel embrasement….

Mais, là, après ce week-end de quatre jours, c’est trop. Ce n’est plus possible.

Oh, je sais bien que le temps qui passe est une épreuve. Nous avons bien changé toi et moi. C’est comme ça dans tous les couples. Le coup de foudre n’a qu’un temps, et l’ardeur qu’on met à s’aimer, et les surprises qui excitent. La relation change et l’heure n’est plus à l’inattendu ; ce qui nous épatait nous paraît normal, l’enthousiasme s’émousse, on devient difficile, sans doute un peu « vieux con ». Ca, c’est moi !

Mais toi aussi tu as beaucoup changé. Tu étais bravache, tu es rentrée dans le rang. Tu étais spontanée, tu es désormais répétitive. Inventive, tu es devenue prévisible. Extra tout (...vagante, …ordinaire, …vertie), tu n’as plus rien aujourd’hui d’hors du commun, pardonne-moi de te le dire.

Tu recherchais l’héroïsme, tu te satisfais de la notoriété. Tu flattais la bravoure, tu choisis aujourd’hui tes adversaires. Des adversaires à ta mesure, modeste, anémiée, et déclinante : les anti-taurins et autres animalistes qui font de toi un objet de débat qui t’occupe et te donne encore l’illusion d’exister, alors que moi j’avais épousé une passion qui n’est plus. La passion débordait. Le débat t’enferme.

Tu étais un surgissement inouï, fragile et singulier, hors du temps, l’inspiration de toutes formes de créations artistiques, parce que l’homme s’y confrontait à l’adversité brute, ensauvagée, s’y aiguisait, s’y grandissait. Tu étais L’Iliade et l’Odyssée. Désormais encartée, tu n’es plus que la militante d’une cause sans ressort, et qui donne des armes à ses adversaires. Un mauvais tract, toi pourtant si passionnée de communication et de marketing….

Et que les trophées que tu récoltes encore à l’occasion ici ou là ne te grisent pas. Ils furent notre fierté, notre titre de gloire, la marque de notre passion, comme une trace de rouge à lèvres sur la joue qu’on se gardait bien d’effacer en paradant dans la rue. Le plus souvent désormais, ils nous accablent. Ils donnaient jadis la mesure de tes triomphes dans et hors le mundillo ; ils ne sont plus que prétexte à des querelles de famille, ignorées du plus grand nombre, tant le monde que tu te plais à désaimanter te tourne le dos. Et nous, tes trophées, aujourd’hui on les tait, et, avant de sortir, on les efface d’un revers de manche pour éviter le ridicule.

Tu nous donnes rendez-vous ailleurs ? Naguère on se précipitait, maintenant on ergote.

Tu nous dit que ça irait mieux si on voyageait un peu ? On ne fait que ça et c’est partout pareil, ou presque.

Tu nous dit que c’est faute à pas de chance, que tes talons glissent sur un ruedo aux allures d’Espiguette ou que les pluies de cet hiver ont alangui tes chevilles. Peut-être, je n’en sais rien mais le pire est que je m’en fous complètement tant je pressens que même en Louboutin sur un tablao flamenco, tu te serais « mangée grave » comme disent les jeunes, tant tu as renoncé depuis si longtemps à entretenir le feu, tant tu as trahi ce que nous aimions ensemble, ce que nous étions ensemble.

Ici, à Nîmes, on t’as vu trébucher, glisser, fléchir, tomber à genoux, t’affaler sous nos yeux, te coucher sur le flanc, vaincue sans avoir combattu. Tu étais pitoyable.

Tu aimes les brindis, la musique, et les récompenses, je le sais. J’étais si triste et amer, nous étions si affligés, que nous sommes parvenus, le dimanche, par respect pour toi et pour ne pas perdre toute dignité, à dissuader un torero de nous offrir son combat (Lopez Simon au cinquième) et le jour suivant la musique d’accompagner une faena sur un invalide (Roca Rey sur le sixième). A cette allure, par respect pour ce que nous avons été, on en viendra un jour prochain à barricader les portes des arènes. Nous avons eu le tort d’applaudir des toreros qui font ce que tu es devenue mais c’était pour mieux hurler notre colère. Pour qu’elle fasse davantage contraste. Pour la purifier, la mettre en valeur. Quelle embrase le ciel puisque le ciel est tout ce qui nous reste. Et qu’une arène si insouciante, bienveillante, affectueuse, si portée à la joie et à la fête, joue aux bazardeurs de «  Nuit Debout » en dit long sur le cours de notre couple.

Voilà. Tu sais tout. Je comprendrais que tu te fâches chère Aficion.

Je ne te demande rien, ni de rester ni de me quitter. Mais je crains que tu ne te sois beaucoup éloignée de moi depuis quelques années.

Je t’ai aimée passionnément, tu le sais. Tu m’as fait pleurer de rage et d’émotion. Tu m’as fait frémir, tu m’as exalté, fait passer des nuits de folie après des après-midi de rêve ou de frayeur. Tu m’as fait lire, voyager, écouter de la musique, visiter des musées. Tu m’as présenté des amis ou des camarades, rencontrer des semblables si différents. Visiter des villes. Tu as trompé ma solitude, accompagné mes jours, habité mes nuits. Tu m’as fait écrire quelquefois aussi. Et ça aussi j’aimais bien.

Mais je crois que c’est fini. Ou presque. Si tu ne changes pas. Ou n’en donnes pas quelques gages. C’est toi qui décide. Moi, j'y suis prêt.

NB/ Dimanche matin, 15 mai- Zalduendo sans trapio mais avec un peu de cornes. Gines Marin prenant l’alternative brinde à son père, piquero de son état. N’a toréé que son premier, le sixième étant un invalide. Grand sérieux, toreo classique, jolis enchaînements sans bouger, dans le sitio (oreille). Morante ne s’accorde pas à un lot à contre style. David Mora impeccable de bout en bout, sur son premier, en tout cas la première moitié de faena sur la droite, le toro passant moins bien à gauche et les aidées finales étant très raides alors que cette passe n’est belle que de l’accompagnement du corps   (oreille). Second combat offert à la doyenne des arènes, plus de cent ans au compteur et en fauteuil . Très technique, sérieux, moyennement efficace mais très au-dessus de son toro.

Dimanche après-midi, 15 mai- JP Domecq sans intérêt, très fades. Varea qui prend l’alternative anodin aucun souvenir à J+2. Manzanares quelques pechos de la casa sur son premier et une épée al recibir à couper le souffle (oreille), rien sur son second, invalide. Lopez Simon se confirme pegapasse. Porfia pueblerina sur son premier, contrarié par le public qui proteste son brindis du second, offre un toro de réserve, faena spectaculaire, très « tout le toutim », sans souvenir à J + 2,belle épée (2 oreilles). A l’intelligence de sortir à pied et non pas en triomphe.

Lundi après-midi, 16 mai- Daniel Ruiz et Torrealta ou la coupe jusqu’à la lie. Fléchissements, affalements, et autres génuflexions. Incidents à répétition de pattes de bestiaux et de public excédé. Castella fait face, long à comprendre son second, fort médiocre mais qui tombe moins. Faut quand même le réveiller d’un tapotement sur l’arrière train comme on toque à la porte pour qu’il se retourne dans le bon sens (oreille sur le 4). Perrera, parfait qui en veut, au point de toréer une chèvre folle et le trasteo technique est fort impressionnant. Tombe sur le plus noble du jour, un toro à roulettes mais sans vraie présence qui avait poussé un peu sous la pique. Faena impressionnante surtout à gauche quand on en oublie l’anodin de l’animal, un champagne à petites bulles que l’on boit comme du sirop jusqu’à écoeurement (2 oreilles). Roca Rey, très disposé, mais sans option conséquente sur son lot d’invalides.