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07/06/2015

Madrid, San Isidro 2015

Madrid, 3 juin 2015, Beneficiencia, mano a mano Juli, Perera/ Victoriano del Rio

Vous aimez El Juli ? Alors, gardez-vous d’aller le voir à Madrid…

Il est, ici, l’incarnation du mal, du diabolique, de la contre-valeur absolue, de l’avers de la tauromachie. Il cristallise, focalise, aimante sur sa personne tout ce que Las Ventas dédaigne, méprise et jette aux orties, tout ce qu’elle abhorre, tout ce qui la scandalise : qu’il soit dans le brelan de tête de l’escalafon depuis plus de quinze ans sans se croiser jamais sur le terrain du toro, le plus souvent fuera de cacho, tordu et télescopique, la muleta à bout de bras, toreant penché et en ligne droite, toujours de côté y compris pour la suerte suprême, l’excède. Et ne dites pas à Madrid que le Juli est depuis vingt ans le meilleur connaisseur de toros, que sa vista est éblouissante et sa technique souveraine ! C’est pour cela qu’elle enrage. Tant de bagages et si peu d’engagement l’insupportent. Son refus obstiné et triomphal de la hombria, sa puissance torera étrangère au vrai poder et à l’arte del toreo sont, pour las Ventas, une cynique et funeste provocation. Alors, comme aujourd’hui, elle le siffle quand il se décentre, elle crie « miaou » quand il est précautionneux et frappe dans ses mains en milieu de faena pour signifier que, pour elle, ça suffit.

Moi, Juli, aujourd’hui à Madrid, m’a plu. Il faut certes une assez grande force d’âme pour apprécier son trasteo, constamment moqué, brocardé, houspillé, persifflé par le tendido 7. Mais au prix d’un effort sur soi-même et parfois contre nos propres préjugés, on y parvient.

Sa première faena sur un toro de quasi six ans, manso mais mobile, cornivueltissimo – et Juli face à tant de cornes, malgré tout, ça nous change- fut essentiellement gauchère et pour qui voulait bien voir, il y eut, en cinq séries de cette main, des naturelles merveilleuses, templées, main basse et le tissu au sol, los vuelos millimétrés ramenant le toro vers l’intérieur. Au moins six ou huit naturelles de cette eau, dessinées et profondes, comme voilà longtemps je n’en avais vu, suspendues à son poignet. Un tiers d’épée, trois descabellos, ovation parsemée de sifflets.

La seconde faena, brindée à David Mora, fut moins convaincante, un peu de vent, manque de lié, replacements, et beaucoup de brocards du tendido 7 qui intimait qu’on en finisse, mais Juli résista et offrit une série de plus en hommage à ses contempteurs, trois derechazos extra liés au pecho : le bras d’honneur d’un souverain. Les autres enrageaient. Une très vilaine épée leur permit d’assouvir leur vengeance dans un déchaînement grandiose.

Le dernier, complétement décasté, ne permettait rien. Le public fut soudain compréhensif : on imagine  qu’il préférait cela.

Mais le plus beau de l’après-midi fut le tercio de quites sur le quatrième, échu à Perera, un cinqueno de  660 kilos qui ne s’était alors illustré en rien, sauf la mansedubre. Juli qui avait achevé son précédent combat dans le tumulte que l’on sait vint au quite jusqu’au centre du ruedo, cita de vingt mètres, jambes écartées, et a dessiné du rebord de sa cape, trois chicuelinas d’une grande économie de tissu et d’une belle toreria.

Perera, ainsi déniaisé et qui s’était jusqu’alors beaucoup économisé au capote, a renchéri par un quite, long de mise en place mais de belle exécution torera, par taffalera, farol, gaoneras. Mais qui avait vu ce toro, sinon le Juli ?

L’entame de Perera sur cet adversaire fut éblouissante d’enchaînements heureux et inspirés (six passes sans bouger, dont deux de la flores) avant un désarmé qui marqua le début de la fin. Son premier était déclassé, le sixième, seul à pousser au cheval, fut changé pour un Montalvo désespérant.

La corrida augurait du meilleur : no hay billettes, plein soleil et l’Infante Elena au palco royal. Les gens avaient l’air heureux d’être là. Ils sont sortis après avoir crié « petardo » sur l’air des lampions, maudissant ce lot déclassé et disparate. Et en sifflant les deux toreros, avec mention spéciale au Juli.

Au fond, c’est pour cela que j’aime Las Ventas, l’exaspérée. Contre vent et marées, elle continue à y croire. Ses tonitruantes colères sont un puissant antipoison à la résignation, à la désespérance et à la lassitude. Oui, Madrid est sans doute la seule arène au monde à y croire encore. De verdad !   

Madrid, 4 juin 2015, Urdiales, Castella, Escribano/ Adolfo Martin

Aimablement installés dans un restau design et gastro, très nouvelle Espagne, à deux pas de la plaza Mayor, nous devisions entre amis, après la corrida, sur les puertas gayolas. Cette suerte de l’homme à genoux attendant face au toril la sortie de son adversaire, avec pour seules armes sa cape, son sang-froid et son courage, est-elle bien utile ? Por supesto, amigo ! Elle est la figure même de la corrida. Le défi et l’irraison, l’inattendu et la tragédie qui rôde. Une prouesse et une prière, tout à la fois.

Escribano est allé par deux fois à puerta gayola, à chacun de ses toros. Le premier, manso comme la plupart des Adolfo du jour, l’a contourné, refusant la rencontre. Que croyez-vous que fît Escribano ? Il est resté à genoux, en se replaçant face à son adversaire, persistant à provoquer la charge d’un souffle de cape, jusqu’à ce que le fuyard vienne à lui, bondisse pattes en avant sur le farol qui se dérobe. Ce n’était certes pas « utile », mais cette entame, gorgée de hombria, donnait le ton : l’heure n’était pas au salon de thé ou au thé dansant. Elle était aux barricades, à la gloire de vaincre ou d’être vaincu, au combat à force nue, au duel au premier sang.

Escribano est un rustique. Il l’a monté encore, aux banderilles, sur son second, vif, puissant et galopeur, seul encasté du jour, quand, sérieusement menacé par la corne sur la dernière paire, et alors que la présidence avait fait sonner le changement de tercio, il a sollicité, refusant l’échec ou la demi-mesure, la pose de bâtons supplémentaires. Elle lui fut accordée. Et cette paire, fichée dans le berceau, la plus belle et la plus vaillante de toutes, fit se lever les tendidos comme on salue le combattant quand il fait  honneur à sa race.

Il y eut aussi une épée, sur son premier, après quatre tentatives médiocres, une épée qu’une image a fixée dans les journaux le lendemain, parfaitement en place et le geste exposé au possible, la corne entre plexus et jugulaire, lui le visage grimaçant et les yeux fermés comme on s’en remet au dernier souffle, une épée que nous n’avons pas vue ainsi depuis nos tendidos bien sûr, mais qu’une photo zoomée nous livre. Depuis, cette photo nous hante. Cherchez-là sur internet «  Escribano entra a matar, Adolfo Martin, Las Ventas ». Cherchez-là vraiment, et vous la conserverez chèrement comme une image pieuse, une médaille miraculeuse, un objet de piété, les lauriers de César, grandiose et émouvante comme le Christ supplicié. « Cara y cruz ».

Un peu débordé en début de faena par la caste de son sixième, Manuel servira une très grosse série de naturelles liées au pecho puis, pour conclure, un bouquet de naturelles de face et en face où Las Ventas applaudit la position (oreille). Pour sûr Madrid aime les valientes.

Mais c’est tout de même Diego Urdiales qui fera la corrida, devant un premier adversaire très avisé y muy peligroso qui ne cesse de le regarder et qu’il parvient, très sûr, les zapatillas bien en terre, à embarquer dans les effluves de sa muleta puissante et lente, fixé à sa position comme un capitaine à sa barre par gros temps. Ne redoutant rien des paquets de mer qui vous tombent dessus. Obstiné et grandiose. Con toreria y arte. L’échec à l’épée le prive de trophée. Saludos, très grosse ovation.

Gestes de grande classe sur son second, qui en manquait cruellement, assez noble mais plus faible, qu’il torée à mi-distance, positionné de trois quarts, dans une faena variée plus que construite, de beaucoup d’arôme, molinetes, trinchera, passes par le bas et aidées pour conclure avant une épée décisive (saludos).

Castella a choisi de se confronter aux Adolfo. Son premier, tardo, brutal et faible, lui posera pas mal de problèmes, demeurés irrésolus. Il fera face à son second, faible et réservé, sans grand intérêt, auquel il tire en fin de faena par porfia un derechazo insoupçonné, long comme le jour, autant dire de l’eau à une pierre. Ce n’est déjà pas si mal.

Les Adolfo sont sortis médiocres, mais nous tout de même épatés par la grande classe d’Urdiales, l’engagement d’Escribano et le pari risqué de Sébastien.

Madrid, 6 juin 2015, Solo du Cid/ Victorino Martin

Ils sont sortis comme un bataillon défait, sous les huées et les coussins, les huit hommes de plata faisant bloc autour de leur torero, tous sur la même ligne de front, également éprouvés et solidaires, comme la vieille garde soucieuse d’alléger le fardeau d’un maréchal d’Empire après la déroute. Traversant le ruedo jusqu’au patio de cuadrillas dans une ultime épreuve du feu, la plus cruelle. Celle d’après la bataille.  Quand tout est consommé. Comme dans un mauvais rêve. Entre décombres et fumerolles.

Las Ventas, telle la population assiégée d’une ville vaincue, ne voulait rien savoir, rien comprendre, ne se souvenir de rien des combats auxquels elle venait d’assister. De son rêve brisé.

Ni de ce pari fou du Cid de se refaire comme à ses trente ans en se confrontant à cet élevage dont il fut le meilleur spécialiste. Ni que le vénérable maestro soit entré dans le ruedo, moins de deux heures auparavant, comme un toro sort des chiqueros, avec caste, se campant sur ses deux jambes, avec l’envie d’en découdre d’un guerrier. Ni qu’il ait brindé son premier combat à la fille d’une figura du tendido 7, décédée il y a peu. Ni qu’il soit systématiquement sorti du burladero, cape en mains, sans attendre que ses peones aient éprouvé son adversaire. Ni des Victorinos si mauvais, si médiocres, si dépourvus de caste, pas même venimeux, mais mansos, con genio, con pelligro, infumables ! Ni qu’elle les avait tous sifflés à l’arrastre, à l’exception du premier trainé sur le sable dans un silence de mort. Ni de ce peon blessé par la corne au quatrième dans la déroute du tercio de banderilles. Ni même de la seconde pique de Tito Sandoval sur le dernier, merveilleuse de mise en suerte, de cite et d’exécution. Ni encore de ce desplante du banderillero au sixième qui, poursuivi de près après une paire fameuse, refuse de sauter dans le callejon, se retourne et fait face au toro qui s’immobilise soudain devant tant aguante, comme au pied de la statue du Commandeur.

Non de tout cela, elle ne veut rien savoir. Le spectacle de ce torero naguère estimé mais qui, ce jour, a reculé, reculé six fois face à six toros, de ce torero interdit face à tant d’adversité, lui est insupportable. Et comme si cela ne suffisait pas, ses peones ont été débordés ou lamentables et les piqueros mauvais, sauf Sandoval. Et encore, la lidia sur ce sixième, qui avait levé quelques espérances comme une rémission dans une lente agonie, a-t-elle été si piètre que nous fûmes privés de la première rencontre, le toro ayant filé sur le piquero de réserve.

Alors, Madrid a lavé l’affront dans la colère. Une colère d’humilié, injuste, amère, ingrate, irraisonnée. Une colère de déni, où l’on s’étourdit de sa propre rage, s’interdisant toute pitié d’y avoir cru. Une colère pour se donner le courage d’y croire encore quand on a compris pourtant qu’il n’y a pas de miracle.

Que nul ne s’y trompe ! Ce n’était pas d’abord une colère contre un torero. C’était un chagrin d’orphelin. La fin d’une illusion. La perte d’un Empire. La France après Diên Biên Phu.

Oui, on sort peiné et attristé, pour Las Ventas, pour Le Cid et pour ses compagnons en songeant curieusement à l’Indochine. Fin de partie.

Comme à la foule en masse dans le port de la Joliette, venue insulter à leur débarquement les combattants défaits de cette sale guerre, on a envie de crier à son tour : « Respect pour le soldat. A chaque âge sa bataille. N’oublions pas les citations passées, toujours présentes à nos cœurs ».

 

28/05/2015

Nîmes, Pentecôte 2015 : un millésime de peu

Nîmes, 22 mai 2015- Juli, Morante de la Puebla/ Garcigrande

Pas envie d’aller à la plage ! Il y a des jours comme ça. On y est toujours allé, elle est à deux pas, on adore ça, le soleil et la mer, les jolis parasols et les bruits étouffés que dissipe la brise marine, cris d’enfants, rumeur des vagues, sourds rebonds de balle sur des raquettes, rires lointains… La berceuse ouatée des bords de mer.

Oui, mais là, soudain, sans rime ni raison, on dit non. Nan ! Plus envie du tout. Refus. Stop. Marre du sable, des gens et même de l’eau, des gosses turbulents, et de tout cet étalage d’huile, de crèmes à bronzer, des trop blancs qui osent, des trop bronzés qui n’ont que ça à fiche. De se trouver là parmi eux, comme eux, forcément trop. Trop blancs ou rouge écrevisse. Ou luisant. Ou trop chaud. Vice versa. Recto verso. Steak haché. Bleu, saignant, à point ou trop cuit. Je dis stop !

Et cependant on y va quand même, parce qu’on n’ose pas refuser, pour faire plaisir aux amis, parce que c’est prévu de longue date, parce qu’on ne sait jamais, une fois sur place peut-être qu’on appréciera. On a tant aimé cela…

C’est dans cet état d’esprit que j’ai pris place dans les arènes. Evidemment, le premier toro, insignifiant de tout, n’était pas de bon augure. Morante a abrégé le combat pour le punir qu’il fît du vent. Bien fait, grinçai-je.

Juli avait tout du sale gosse qui joue au foot à deux pas de votre serviette, plein d’entrain hélas, assez gavroche sur sa barricade, se battant contre le vent et se trouvant héroïque sur le premier (jolies naturelles aidées sur le final, terminant par passes à l’envers, une oreille), très élastique sur son deuxième adversaire plus conséquent, déhanché, nerveux, faisant face aux rafales, mais si agité qu’on le maudissait de nous envoyer tant de pelletées de sable sur le visage en hurlant « hei, hei » à nos oreilles.

Morante, lui, a fait le bôgosse, le piéton du bord de mer qui s’exhibe. Une promenade les pieds dans l’eau pour se laisser voir, distant et avantageux. Un quite très affecté sur son second, le meilleur du lot, bravote, petite charge et très noble, puis un temple et une lenteur inouïe par derechazos à la muleta, comme une gifle arrogante au sale gosse qui nous avait ensablé. Le Concerto d’Ajanjuez sirupait le tout, saturant le ruedo d’émotion. La musique de Ruddy tenait lieu de caste et nul ne trouvait à y redire. Oreille, c’était le trophée adapté à celui de nos sens qui avait été le plus sollicité…. Toreo de cape baroquissime sur le suivant (accueil par un inattenduet impeccable farol, suivi de chicuelinas outrepassées, chargées de broderies). Très « m’as-tu vu ». Un peu pénible.

Le baroque est la mauvaise rime de Morante. C’est ainsi qu’il versifie quand il manque d’inspiration. Juli va au quite et, soyons honnêtes, soudain on en vient à aimer la décadence de la manière précédente… Morante d’un geste las et désinvolte invite Jérémy Banti, le sobresaliente, le vrai bogosse, à faire de même, du genre « au point où nous en sommes… ». Jérémy regular. Le toro, jusqu’alors aimable et inlassable, n’a plus rien à la muleta. Quatre des six n’avaient pas grand-chose dans aucun tiers (ni trapio, ni cornes, ni présence), mais on fond je n’en sais rien : n’y tenant plus, j’ai fui le bord de mer après la mort du cinquième.

Nîmes, 23 mai 2015, Fandi, Manzanares, Talavante/ Nunez del Cuvillo

Les toros avaient un peu plus de présence que ceux de la veille et deux d’entre eux (le premier et le dernier) un brin de trapio. Pour les cornes (quatre sur six très commodes ou brochos), il faudra encore attendre un peu. Le tercio de piques fut désespérément symbolique, sauf sur le dernier. Le vent fit encore des siennes et on craint un instant, tant les « combats » nous paraissaient immatériels, futiles et anodins, que ces arènes «  de première » soient emportées par une rafale de Mistral, comme fétu de paille ou baguettes de mikado.  Mais bon, on est là et on s’accroche par fidélité à ce que nous avons aimé et une fois mentalisés, remis à l’échelle et transbordés dans une plaza de secunda (Antequera, Albacète, Fuengirola ou Palavas), on finit par apprécier. 

Je fais partie des heureux qui ont peu vu El Fandi et j’avoue que tant de saturation virile du ruedo durant au moins les deux premiers tiers (cape et banderilles) m’a beaucoup diverti. Athlétique, varié à la cape, mises en suerte heureuses, impressionnant d’aisance et de sûreté aux bâtons, ce torero populaire et pléthorique m’a enthousiasmé. Le sorteo lui a souri : son premier un peu faible avait un fond de caste intéressant, son second était mobile. Muletero court, il a marqué davantage d’engagement sur son premier (insiste joliment à la naturelle, très grand redondo de la main droite) que sur le suivant qu’il a toréé marginalement mais qu’il tue d’une épée phénoménale, en se jetant entre les cornes, quasiment allongé sur son adversaire (saluts, une oreille).

Nîmes ne sourit pas à Talavante et c’est hélas réciproque. Son premier adversaire est changé pour faiblesse, le sobresaliente n’est guère mieux  et le dernier qui sort du toril comme un bolide se révèle tardo, brutal et sans classe. Pas grand-chose à faire et Talavante, hormis une première série sur le dernier, le genou ployé où il s’expose, n’insiste guère (silencio et silencio).

Et puis, il y eut José Maria. Prince partout et infant à Nîmes, qui lui fait ses condoléances en l’appelant à saluer avant la sortie de son toro. Il se dégage du callejon, fait quelques pas et de sa montera un geste vers le ciel en hommage à son père, comme s’il lui offrait ce triomphe, en humble et parfait entremetteur d’aficion. C’était très beau.

Son premier est soso et le vent gênant. Quelques longs derechazos lents entre quatre pas de replacement et une épée (hélas à la deuxième tentative) fulminante (saludos).

La faena suivante fut toute d’intelligence et de suavité, une faena de grande patience avec de longs repos pour que le toro se reprenne, une faena couleur sépia, de papier parfumé, où on se laisse toréer par la Concha flamenca, plus belle que jamais, une faena de derechazos amples et quelquefois profonds quand la main est plus basse en milieu de série, de solos de clarinettes, de temple et de douceur, de reprises musicales sur un changement de main par devant avec les naturelles à suivre, de cites délicats, de respirations suspendues et de pechos où le toro s’aimante et s’évapore. Une faena comme une valse lente, attentionnée et languide. La faena d’un amant.

Sûr de l’effet délivrant de tant de prolégomènes et de l’abandon enivré de l’autre, Manza tente un recibir et cette tentative est émouvante de présomption. Hélas le toro, fragile, se refuse une fois et une fois encore (un tiers d’épée, descabellos, très grosse vuelta).

Nîmes, 24 mai 2015, Rafaelillo, Escribano, Paco Urena/ Victorino Martin

Et soudain la sauvagerie envahit la piste. Un toro efflanqué et gris, petit mais bien dans le type, un toro qui ne s’en laisse pas conter, qui galope sans se donner le temps de jauger ni de se laisser distraire par les hommes, qui saute comme un forcené par-dessus la barrière, court en trombe dans le callejon et revient, la gueule en sang comme qui aime la castagne, mais la bouche fermée parce que le combat ne fait que commencer. ENFIN !!!

Ce surgissement de race vicieuse, d’agressivité féroce est le premier depuis trois jours, et franchement je respire un peu. La « Fiesta Grande » est de retour ! Et soudain tout s’électrise, les « olés » deviennent rageurs, on retient son souffle. Finis les cierges imaginaires pour que le toro ne s’effondre pas, qui sont la lumière morte de nos après-midi de peu. Ce toro et la brega à l’ancienne de Rafaelillo,  c’est éclairs et tonnerre, le bruit et la fureur. On prie, certes, mais cette fois-ci à l’endroit et non à l’envers, pour que le torero ne soit pas blessé par cette peste et qu’il parvienne à peser, à dominer, à réduire cet adversaire. Oh, ce toro n’est certes pas un brave, même s’il accourt volontiers vers le piquero puis vers les banderilleros, sans pousser beaucoup sur le caparaçon mais coups de tête vers le haut ou s’étirant comme un tigre pour atteindre les hommes à pied. Et ce n’est certes pas non plus un « toro qui sert », comme Nîmes les aime sans s’aviser trop de ce que cela signifie. Sert pas la soupe au torero, ah ça non ! Mufle au sol, cornes chercheuses, se retournant vif et salopard, c’est un toro. Et Rafaelillo un torero sûr, qui torée, s’éprouve et se grandit dans une  faena valeureuse, construite, allant cependant un peu a menos quand le toro ne veut plus « jouer » mais qui s’achève par une épée de verdad, un peu contraire. Franchement, pour moi, la feria commence.

Rafaelillo sera moins convaincant sur le suivant, plus en cornes, le plus brave du jour qui s’enflamme sous la pique, la première prise de 20 mètres, la seconde de plus loin encore, le piquero, très sûr face aux assauts, salué à la sortie par la musique. Le toro se révèle brutal et avisé et Rafaelillo tout au souci contemporain de «  le faire passer » ne pèse pas suffisamment sur l’ouvrage et manque à la fois de dominio et d’idée. Dommage.

La Victorinada ne sera cependant pas de la même eau, les autres, tous assez petits et courts d’armure,  se révélant noblotes et un peu faibles.

Escribano qui brindera son premier à Alain Montcouquiol torera joliment de la gauche, mais un peu à l’extérieur, avant de se recentrer en fin de faena et de tuer d’une épée habile. Aux banderilles, ses deux premières paires étaient un peu du bout des doigts ; la dernière, « maison » (quiebro, al violin sortie por dentro), épatante (oreille). A offert le suivant au public, faible mais intéressant. J’ai trouvé Escribano un peu en dessous, en dépit d’une entame de faena par passes du cambio allurée et d’une main gauche au joli poignet. Aux banderilles, très grosse troisième paire « maison » commencée assis à l’estribo.

Paco Urena faisait sa présentation à Nîmes. L’Angkar local qui se prend pour la capitale d’un continent imaginaire lui a fait confirmer l’alternative. Le ridicule ne tue pas et tous les toreros désormais se plient à ce caprice de Petit Trianon, même ceux qui toréent depuis dix ans, ont confirmé à Madrid et à Mexico et en sont à leur dixième sortie en France. Nîmes vaut bien une messe… 

Ce torero a une allure de long jeune homme en dépit de ses 33 ans, mais ce qui étonne le plus c’est sa démarche lente dans le ruedo. Chez les toreros, il y a plusieurs sortes de démarches lentes. Il y a celle, affectée ou solennelle, des pleins de soi, de ceux qui ne doutent de rien et surtout pas d’eux-mêmes, qui aiment se laisser voir en majesté. Ce n’est pas celle d’Urena. La sienne, c’est plutôt la discrétion du timide, de qui ne veut pas gêner, qui entre dans le ruedo à petits pas de crainte de n’y avoir pas sa place. Une précaution d’indécis, qui va lentement pour s’interdire de reculer ou de fuir. Curro Romero, toujours singulier, mêlait ces deux types de lenteurs ; voilà pourquoi il nous rendait fou. Paco Urena, lui, nous émeut. Son approche comme au ralenti de son adversaire paraît dictée par le poids d’une nécessité intérieure qui pèse et dont il ne peut se défaire. Vraiment l’inverse de l’affectation ou de l’arrogance. Comme un doute qu’il ne parviendrait pas à chasser. La retenue craintive d’un enfant traversant la forêt la nuit. Urena, gauche et emprunté, c’est le « Pierrot » ou le « Gilles » de Watteau.

Il a servi une faena d’un grand classicisme, templée mais un peu froide, sur son premier, noble jusqu’à la soseria, allant cependant un peu a menos (petite oreille). Neurasthénique, académique et digne sur le suivant, il a égrené les naturelles les mieux dessinées de l’après-midi, dans l’apathie générale.

Nîmes, 25 mai 2015, Juan Bautista, Ivan Fandino, Daniel Luque/ El Torero

Juan Bautista est un torero impeccable. Il l’a encore montré ce jour. Il a fait ce qu’il a pu face à son premier, manso, faible, tardo et sans classe, tué d’une belle épée, mais s’est monté allant, intelligent et brillant face à son second, joliment baptisé « Palestino ». Il a mis en valeur la suerte de piques, en intimant à son picador de se positionner sous la présidence pour citer le toro de cinquante mètres, a planté les banderilles dans une ambiance de fête, a composé une jolie faena, battue par le vent, mais rythmée, cadencée et variée, avec de très belles naturelles templées, dessinées, toréées, y compris de face, les pieds joints, d’un grand classicisme, avant de tenter obstinément un recibir qui ne s’est accompli qu’au prix d’une inversion des terrains. Pour moi, c’était parfait. Deux oreilles méritées et une vuelta un peu tiers-mondiste pour « Palestino ». Il est vrai que le destin de cette terre chère à nos cœurs, tourmentée, éprouvée et oubliée, porte souvent à l’excès.

L’aficionado, désormais, veille sur Fandino comme le lait sur le feu. Ce torero a levé tant d’espérances depuis trois ans, qu’on s’en est remis à lui, comme naguère à César Rincon, pour renouveler le genre, c’est-à-dire revenir aux canons taurins. Rigueur, sobriété, exigence, toreria, il nous paraissait le seul à pouvoir, dans les arènes de première, remettre les pendules à l’heure et bousculer un escalafon sans competencia ni enjeux véritables. Le G5, les « Cent familles » du mundillo, a aussitôt redouté cette ambition qui lui était devenue étrangère et a fait barrage, méchamment, délibérément, honteusement. Fandino a été la victime de cette attente, la nôtre, et de cette proscription, la leur, se convaincant, au-delà de toute raison, que la frustration des aficionados et la crainte de rentier de ses collègues signaient la marque de son génie. Orgueilleux et solitaire, naturellement impatient, sans doute mal conseillé, il a surestimé son cartel, multipliant les difficultés entre défis prématurés et gageures illusoires. Ses récents échecs n’en furent que plus retentissants et cruels. Nous, ils nous affligent. Alors on le regarde désormais comme un suicidé revenu à la vie, avec crainte et compassion, non sans voyeurisme.

La déroute sur son premier, non pas seulement à l’épée, mais aussi muleta en mains, Ivan apathique, doutant de tout, de son toro, du vent, du sitio, de la distance était pitoyable. Mais sur son second, en dépit des rafales, on a retrouvé notre Fandino, dans le sitio, croisé, d’un grand classicisme, toréant, allant a mas jusqu’à des bernardinas ajustées et rugueuses comme celles de JT. Bien sûr, il y eut quelques enganchones en milieu de faena, mais ce tissu qui se froisse sur la corne est le symptôme de qui se refuse à décharger la suerte ou, à gauche, à s’aider de l’épée. Il y eût surtout une très grande série de naturelles, très centrées, la main basse, allant a mas et plus encore un enchaînement avec le pecho sans consentir d’abandon de terrain et en obligeant le tio, exigeant, en TOREANT. L’épée fut caida, mais le trasteo n’était plus celui d’un convalescent. L’austérité torera, l’absence absolue de fioritures, cette concentration mentale ont été, ici, reçues très fraîchement. On croyait Nîmes protestante. Mais elle n’est pas calviniste en aficion. Dommage.

Le vent nous a privé du capote de Luque, mais les gestes à la muleta ne manquaient pas de charme, trinchera et passe du mépris émouvantes en entame, rythme, temple et fluidité, plus centrée qu’à l’accoutumée, sa première faena sur un toro un peu faible, tué d’une épée merveilleuse,  lui a valu une oreille. Brinde le suivant à Jean-Baptiste, entame relâchée et gracieuse, puis tenu en échec par le toro et par le vent.

 


 [JB1]r

24/04/2015

Un anniversaire à Séville : les 40 ans de Cédric R., 19 et 20 avril 2015

L’ami Cédric a décidé de fêter son anniversaire à Séville. Cela tombe bien, ses quarante ans ce sont aussi mes trente ans de Séville ! J’y étais alors venu en 4 L pour ma première féria, voir Paco Ojeda, Emilio Munoz, Curro Romero et Rafaël de Paula. C’était en 1985, j’avais 25 ans. Je me demande si ce n’est pas à cette féria que j’avais assisté au tercio de quites où Curro et Rafael avaient rivalisé avec Paco dans un concours de véroniques absolument phénoménales, saluées par la banda du maestro Tejera. Cette année, ce n’était plus en 4L, c’était en tenue de soirée à la Casa de Pilatos. Comme je vous le dis ! Sacré Cédric ! Cette histoire de smoking m’a bien un peu contrarié, mais on ne chipote pas quand on vous invite à partager un rêve. Un sueno. De verdad !

Passer la porte de la Casa de Pilatos sous les flash des photographes, se faufiler entre des images de mode, retrouver des amis, de très nombreux amis, s’embroncher dans des famosos, être accueilli dans la cour au son de guitares, deux chaises de paille sous les bougainvilliers  et un croissant de lune dans le ciel,  traverser les salons arabo-andalous aux tapis épais éclairés à la bougie, s’imaginer soudain hanter une toile de Delacroix, arriver dans une immense cour au parterre tapissé de buis, au centre une fontaine, des terrasses sous galeries sur chacun des côtés, ici un ensemble de musique de chambre, là des gitans faisant la rumba, des bars partout, un essaim de serveurs attentionnés. Champagne !

Cédric a fait les choses en beau et son plaisir, son rêve fou, ce fut de nous convaincre qu’ainsi, dans cet endroit magique, nous pouvions l’être tous. Et on l’était en effet, tous sans exception, beaux et ravis. Comblés. Mais la soirée ne faisait que commencer.

On fut invité à traverser d’autres salons aux murs couverts d’azuleros et à prendre place dans le patio d’honneur de la Casa pour le diner. Un zapateo de feu sur une estrade devant la statue de Minerve en encoignure, le bouclier aux pieds, a électrisé les tables chics. Maxime a dédié une chanson romantique à Cédric qu’il a chantée plus crooner que jamais ; une belle chanson d’amour tendre et inspirée qui nous mettait les larmes aux yeux puis Cédric a dit quelques mots, presque rien, comme si cette fête n’était pas la sienne, mais la nôtre. Celle qu’il nous offrait. Il a évoqué « Pépita » en regardant le ciel et chacun a compris que son amie, cette figure sévillane, la « Pépita » du Grau et d’Aigues-Mortes lui manquait.

C’était une merveilleuse soirée sans fin, où les salons hispano-mauresques traversés à l’arrivée sont devenus discothèque jusqu’à l’aube avec musique « live », des femmes en robe de soirées allongées en odalisques entre les coussins, Manzanares riant avec sa bande, Paco Ojeda regardant amusé deux ou trois drag-queen qui rodaient non loin, la haute silhouette du Comte de la Maza, tous l’ivresse et l’amitié au cœur, et moi les chaussures qui commencent à faire mal.

Le lendemain, on songe au petit poème en prose de Baudelaire «  Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise ».

Cette injonction, Cédric l’a réalisée le jour suivant à la Casa de Guardiola, Puerta de Jerez, en nous offrant une autre fête, aussi munificente mais plus intime, con sentimiento, dans le patio de style plateresque de ce palais XIXème, où les élégantes colonnes où la brise circule, le décor de stuc léché de soleil, le mur ocre du patio couvert où grimpe le lierre, les ombres douces et les éclats tamisés de lumière rappellent les scènes hispano-mauresque des toiles de Maria Fortuny. Et là dans cet écrin, sans que nul ne s’en avise, le duende a soufflé tout l’après-midi jusqu’au creux de la nuit. Un duende qui nous a pris aux tripes, un duende d’émotions intimes, bouleversant, remuant les souvenirs, fouraillant les cœurs, rappelant les âmes mortes et nos chers disparus.

Il faudrait tout dire, savoir tout écrire, raconter Mila, cette femme en châle à fleurs dans le répertoire de la Pantoja, accompagnée au piano et qui nous fait pleurer, ce Manuel, à l’allure italienne, qui vient un temps l’accompagner en duo, les applaudissements interminables, ces deux têtes d’ange que l’on aperçoit soudain sortant de leur médaillon de stuc pour s’embrasser dans un coin, cette bande de gitanes de Jerez, de Cadix et d’Utrera qui sont venues en famille et qu’accompagne un guitariste austère, vieux monsieur chauve bien mis, au visage d’intellectuel des années 30, aux lunettes d’acier et au pied-bot. Ces trois jeunes dans l’autre cour qui jouent des sévillanes. Oui, il faudrait…

Mais un pianiste va nous bouleverser plus encore. C’est Joaquim Parera Obregon dans une de ses compositions jouées au piano sous les arches en dentelles du patio. Une véritable commotion : cet homme arc-bouté sur le clavier est un maestro, un Glenn Gould, Morante à la véronique. Une composition éblouissante de thèmes sévillans et de musique espagnole, des variations de « Nuits dans les jardins d’Espagne » enchaînées à des phrases de « Dios te salva Maria », des soupirs de fandangos et des basculements de buleria ou de solea ; on croit que c’est fini, mais ce précipité de notes n’était qu’une trinchera, et la faena reprend, plus belle encore, variée, étonnante, profonde, accrochant de nouveaux thèmes, les précipitant ou s’emparant de nous avec violence ou mélancolie. Ces adagios, ces largos, ces barcarolles, ces obstinatos infusent et nous frappent au cœur à nous faire rendre l’âme. Cet artiste possédé par le duende arrache nos souvenirs du plus profond un à un, les plus enfouis, les fanés et les couleurs éteintes, et ses notes sont soudain une vie ressuscitée à Séville, le défilé de nos vieilles années ici. Alors on pleure tous, mais chacun pour soi : notre première fois à Séville, les Portes du Prince qui s’ouvrent sur le Guadalquivir, la Virgen de Triana et celle de la Macarena, les nuits fauves au Parc Maria Luisa et nos premières pensions humides au petit patio fleuri, le Rocio ou les attentes de la Semaine Sainte, nos cours d’Espagnol au lycée et nos amis d’ici (Olé Crescencio ! Olé Conchita !), on pleure le temps qui passe et ce qu’on a vécu, cette amitié qui circule et les copitas de Manzanilla, les calèches du campo de la feria (Olé Martine et Armand !) et le Christ du Grand Poder. On pleure les beaux jours et les autres, ceux qui sont là et ceux qui ne sont plus. C’est magique, merveilleux, éprouvant. Et cette épreuve est véritablement, authentiquement et terriblement sévillane.

Beaucoup plus tard, les tables seront disposées en cercle au fond du patio autour des gitanes de Jerez et du guitariste. Chacune chante et danse à son tour comme au coeur d’un chaudron. Un rayon de soleil doux souligne le profil de Ana Manzanares, la sœur du torero et on se surprend à trouver qu’elle lui ressemble, ces yeux en fente indienne, ce nez si joliment troussé, ce front haut. Ana a été frappée par le sort à la naissance mais elle a le profil d’une princesse.

Elle est là en première ligne du cercle aux côtés de sa sœur et des amis qui veillent sur elle, accompagnant le baile et le canto de petits mouvements de la tête. Sa joie d’être là, parmi nous, notre égale, est belle et poignante. Et soudain, n’y tenant plus, on voit Ana se lever, se défaire de son sac en bandoulière pour venir au centre chanter le canto et danser. Les sons se bousculent et parfois s’éteignent dans sa bouche et sa danse est un peu celle d’Olympia, la poupée cassée des « Contes d’Hoffmann ». Ce surgissement flamenco des profondeurs, des gouffres de la vie et des mystères de l'énergie vitale était saisissant. Le duende qui, à cet instant, est venu cueillir cette jeune fille, qui lui a intimé l’ordre d’habiter los medios, cette flamme vive que nous avons accompagnée de palmitas et de « olés », la gorge nouée, n’était plus le silence de Dieu. C’était un signe de Sa grâce. Une Pentecôte sévillane. A cet instant, ce patio d’amitié et d’arte devenait assomption, une aspiration miraculeuse du ciel où l’on imaginait Bernanos heureux.

Voilà les instants que nous ont offerts Cédric et Maxime pour cet anniversaire. Pour sûr, mes trente ans à Séville ont été réussis !!!!